V'la l'printemps !

V’la l’printemps !

Le printemps est la saison du réveil de la nature, tout le monde le sait, et comme les alchimistes sont supposés imiter la nature, il est temps pour eux de se remettre au travail…

Je vais décrire à nouveau le principal travail alchimique du printemps qui est la récolte de la rosée. Je le fais presque chaque année, mais comme chaque année apporte son nouveau lot de jeunes alchimistes en herbes, je me permet cette répétition qui ne fera de mal à personne. Vous me demanderez peut-être, l’alchimie se résume-t’elle à la récolte de la rosée ? Et bien quelque part, il s’agit bien de l’un des principaux travaux de l’alchimie. Qu’il s’agisse d’une alchimie de bien-être dont le but est d’améliorer la qualité de la vie, ou d’atteindre le fameux graal, la Pierre des Sages par la voie minérale, à chaque fois, la rosée, l’esprit vital capté par la rosée printanière est le point de départ du travail. Il y a des contres-exemples bien-sûr, il y a aussi des voies qui n’utilisent pas la rosée, mais la plupart utilisent à un moment ou un autre cette récolte du printemps.

Pourquoi la rosée ?
Vous savez sans doute, grâces aux travaux de Stéphane Barillet qui a popularisé cette idée fondamentale, que la « lumière » est la matière première de l’univers, et la matière première de l’alchimie, c’est notre Materia Prima. Cette « lumière » est bien la lumière au sens propre, mais c’est aussi l’idée de l’influence céleste en général. En gros, tout ce qui vient du ciel contient, sous une forme ou une autre, cette Materia Prima que l’on nomme aussi Esprit Universel. En captant la lumière, on capte l’Esprit Universel. De même, en captant la foudre, l’eau de pluie, ou, et c’est notre sujet, la rosée, on capte l’Esprit Universel sous des formes différentes et pour des applications différentes.
Nous pouvons récolter la rosée pour extraire cet Esprit Universel pour obtenir « l’Alkaest » qui est un liquide à l’odeur d’acide chlorhydrique et qui pourra mettre en fermentation les minéraux, c’est la phase « solve » de l’opération minérale. Nous n’allons pas développer cette voie très spécialisée. Nous allons plutôt extraire cet Esprit Universel contenu dans la rosée par captation dans un sel, par déliquescence. Ainsi, nous obtiendrons très facilement un sel humide de rosée, laquelle contiendra notre Esprit.

1 distillation alkaest
Quel sel ?
En fait, n’importe quelle matière hydrophile pourra faire l’affaire, mais chacune sera utile pour un type de travail plus que pour un autre. Les principaux « sels » sont : l’argile ou le kaolin qui sont des matières premières fondamentales dans bien des voies traditionnelles, le sel de cendres (principalement composé de carbonate de potassium)  qui a beaucoup été utilisé par les spagyristes des XVII° et XVIII° siècles dans le cadre de travaux végétaux, et le sel de mer qui est principalement composé de chlorure de sodium, mais d’autres chlorures sont également utilisables. C’est cette dernière matière, le sel de mer, que nous allons utiliser pour de nombreuses approches de l’alchimie, c’est d’ailleurs un très important sel alchimique traditionnel.

À quoi notre Sel de Rosée va-t’il servir ?
Si ce sel contient de la rosée qui elle-même contient de l’Esprit Universel, alors on peut le qualifier ce Sel de Philosophique (philosophique = qui contient l’Esprit Universel, ou qui contient de la « Lumière », de la Materia Prima). Il pourra transmettre un caractère philosophique. Il pourra donc être utilisé pour apporter un peu lumière dans la vie (dans la nourriture, dans les produits de soins et beauté &c…), ou il pourra s’intégrer dans d’autres travaux alchimiques plus complexes. La base, le quotidien, c’est d’en faire un sel de table, ou un sel de bain. Une année à ce régime au sel philosophique et vous aurez, j’en suis certain, bien intégré son importance dans votre vie, votre santé ou votre spiritualité. C’est simple, sans danger, et discrètement efficace (partagez-le volontiers avec votre famille, il n’y a pas de problèmes éthiques à servir ce sel à table).

Comment fait-on ?
Il y a la préparation en tant que telle, et il y a le moment de prédilection pour le faire. Commençons par le moment.
Le moment
Ce travail est clairement enseigné dans le Mutus Liber, livre d’images qui décrit une voie alchimique complète à partir de la rosée. Dans le Mutus Liber,  le couple d’alchimistes qui œuvre récolte la rosée sous un ciel présidé par les deux luminaires (le Soleil et la Lune), ainsi que les signes du Bélier et du Taureau.

2 mutus liber planche 9 extrait
On peut en déduire que le moment préconisé est les pleines lunes de printemps (je fais court et simple, mais c’est tout à fait suffisant). En plus qu’être des moments astrologiques, il s’agit surtout de périodes où les énergies de la lune en même temps que celles du soleil sont maximales. La rosée sera alors plus forte en Esprit Vital qu’à d’autres moments de l’année. Si vous êtes alchimiste-astrologue, il s’agit des pleines lunes lorsque le soleil est dans les 3 signes (on prends aussi les gémeaux), si vous êtes alchimiste-paysan, ce seront les pleines lunes de cette période de printemps, période croissance de la nature, sans plus de rigueur au niveau des dates que ce  que le bon-sens paysan vous dit. Par exemple, pleine lune du 3 mars 2026 : pourquoi ne pas déjà commencer la récolte si vous sentez que la nature est en pleine croissance ?

3 la re colte mutus liber

La méthode
Le sel doit être bien sec et finement moulu. Il s’agit de l’étaler en couche très fine le soir sur une vitre. On le récupèrera humide le lendemain matin au lever du jour pour le mettre tel quel dans un bocal que l’on rangera à l’abri de la lumière. C’est tout. S’il pleut ? Dans ce cas on exposera le sel à l’intérieur devant une fenêtre ouverte par exemple.

4 plaques pour la de liquescence

Si on veut récupérer l’humidité, la rosée elle-même plus que le sel humecté, il faudra alors étaler le sel très très fin en couche très très fine sur la vitre inclinée. Des petits guides en bois collés sur les bords de la vitre guideront le liquide vers un angle, le liquide salé pourra couler dans un entonnoir posé au-dessus d’un flacon ou d’un bocal. Cette méthode permet d’extraire plus de liquide, mais pas forcément plus de rosée et cette forme n’est pas forcément nécessaire.
Préparer le sel
Pour faire un « sel de table philosophique », il faut passer le gros sel (genre Sel de Guérande) au mortier pour en faire une poudre fine et bien le sécher sera suffisant.

5 e taler le sel

Pour rendre le sel plus travaillé, plus personnel, et ainsi plus « philosophique », on peut commencer par le dissoudre dans de l’eau (eau distillée par vos soins), le filtrer avec un coton dans un entonnoir, pour ensuite faire évaporer l’eau salée et ainsi récupérer les cristaux de sels. On passe ces cristaux au mortier, on les sèche bien, c’est prêt.

6 sel de mer cristallise


J’utilise ce sel pour certaines opérations alchimiques particulières, mais aussi au quotidien à table, ainsi que dans la préparation de sels cosmétiques. Ce « Sel Philosophique » fait parti des préparations indispensables dans ma vie de paysan-alchimiste. Si vous faîtes des lacto-fermentations, c’est le moment d’expérimenter la « Choucroute Philosophique » ! C’est fondamentalement la base d’un grand procédé classique d’élixir spagyrique (Le procédé de Cagliostro par exemple).

Les photos ont été prises au cours de stages (Venez donc faire un stage avec moi : on fait plein de choses intéressantes ! Voyez l’agenda de www.devenir-distillateur.com).

Matthieu Frécon, Sarreyer, 1° mars 2026

Date de dernière mise à jour : 28/02/2026