3° partie : Le Fond/L'esprit Devin/ e) L'aromatérapie

e) Aromathérapie
Les huiles essentielles, les hydrolats.


L’odeur… Au commencement de la grande aventure distillatoire, au début des temps et à l’origine des civilisations les plus raffinées, il y a l’odeur…

L’arôme est probablement ce qu’il y a de plus essentiel dans la distillation. C’est l’arôme que les hommes des premiers âges distillatoires ont recherché en inventant l’alambic. L’odorat, sens instinctif par excellence, était sans doute dominant à cette époque où l’humanité n’avait pas encore tourné le dos à la nature. Il constituait le sens privilégié pour la communication (avant que la vue n’occupe la première place), plus complet que notre langage, sans poser les problèmes psychologiques que l’homme civilisé connaît et que la verbalisation a créé.
De l’odeur comme moyen d’appréhension et de reconnaissance de l’autre au parfum comme moyen d’identification de soi, il n’y a qu’à prendre le chemin de la civilisation…
J’irai même jusqu’à penser que depuis ce moment, le but du parfum (au sens habituel de cosmétique) est thérapeutique : on peut encore se parfumer pour se sentir bien, pour corriger une mauvaise odeur &c…
Tentons le rapprochement avec la théorie de Raymond Dumay qui, dans son Guide des alcools (bibliographie), suggère que les premiers alcools étaient diffusés à la manière de nos diffuseurs d’essences sur des pierres chaudes dans des cavernes pour être sentis, humés, plutôt que bus (et actuellement encore, le nez d’un alcool est tout aussi important que son goût pour le dégustateur raffiné). L’ivresse obtenue par ce procédé de consommation de l’alcool par les vapeurs est-elle thérapeutique ?, rituelle et magique à la manière de certains parfums envoûtants ?, ou simplement stupéfiante comme nos modernes bitures (simplement ?)…
Il est clair que ces trois éléments (guérison, initiation et abandon) sont des moments incontournables de la vie quotidienne à l’époque préhistorique ou dans l’antiquité et nous, les modernes, nous avons quasiment perdu le second, mais bien gardé les deux autres. Ils ne peuvent êtres dissociés, et l’on doit en conséquence reconsidérer le sens global de thérapeutique, au moins lorsque l’on pense à nos aïeux.
Mais laissons maintenant cette philosophie du nostalgique des cavernes que je suis parfois et revenons à nos flacons…

L’aromathérapie est une méthode de guérison par les huiles essentielles, ou, plus largement, par les principes aromatiques extraits par la distillation des plantes (huiles essentielles, hydrolats). Son nom exact signifie guérison par les arômes. Toutefois, contrairement à l’art de la parfumerie qui est comme on l’a vu, très ancien, l’aromathérapie, sous cette dénomination est récente.
Elle a été inventée en 1928 par un chimiste parfumeur, René Maurice Gattefossé, qui, à la suite d’une explosion dans son laboratoire, a plongé sa main gravement brûlée dans un seau d’huile essentielle de lavande présent à proximité pour soulager sa douleur. La guérison exceptionnelle qui a suivi l’a engagé à mieux étudier les propriétés thérapeutiques déjà connues, mais quelque peu négligées à l’époque, des huiles essentielles.
Pour ce parfumeur, l’essence salvatrice était alors un arôme et la thérapeutique découverte, ou dans une certaine mesure, redécouverte, fut ainsi nommée aromathérapie. On peut imaginer que cette appellation accidentelle, qui est peut-être due à une déformation professionnelle, a un sens plus profond plus ou moins conscient dans l’esprit de son créateur, puisque le parfum des essences est leur première qualité.
Les britanniques qui sont restés plus proches de Gattefossé que nous, conserveront cette proximité entre l’aromathérapie et la parfumerie (toutes deux rangées au rayon «bien-être»).

Installée dès ses débuts dans le laboratoire d’un chimiste, l’aromathérapie devait forcément perdre quelques plumes de sa parure primitive. En revanche, l’esprit analytique moderne qui règne dans la parfumerie du XX° siècle allait l’élever au rang de science exacte, bien qu’encore naissante, et l’on peut parfois aujourd’hui distinguer deux tendances au sein de ses adeptes.
La tendance analytique qui s’inspire des travaux de Pierre Franchomme, Daniel Pénoël et Roger Jollois dont l’ouvrage commun L’Aromathérapie exactement (1990, Bibliographie) pose les bases d’un classement des huiles essentielles selon leur composition chimique qui définit, en plus de l’espèce botanique, le chémotype de la plante. Ce chémotype représente la race chimique qui diffère au sein même de l’espèce selon la région ou le milieu qui voit pousser la plante. Il distingue ses nombreux constituants chimiques et peut varier beaucoup au sein d’une même espèce : c’est lui, tout autant que l’espèce elle-même, qui définit l’action thérapeutique d’une essence.
Par exemple l’huile essentielle de romarin (rosmarinus officinalis) peut être majoritairement cinéole, camphre, ou verbénone selon le lieu de sa cueillette (respectivement Afrique du Nord, Provence ou Corse), ce qui lui donne des propriétés antiseptiques pulmonaires et mucolytiques dans le premier cas, anti-inflammatoire avec une action sur le cœur dans le second, et cholagogues et hépatoprotectrices sur le foie pour le dernier.
Dans ce cadre, on doit donc tenir compte de ce facteur qui doit être indiqué après le nom de la plante (par exemple : H. E. C. T. (pour Huile Essentielle ChémoTypée) rosmarinus officinalis verbenone).

On peut, avec de l’entraînement, distinguer certains chémotypes au nez, cela demande une certaine stabilité de la production (soutenue par la tradition) qu’il est difficile à avoir en notre période de développement rapide de l’aromathérapie mais qui reste accessible au producteur qui reste proche de ses essences. On préfère actuellement l’analyse chromatographique qui permet de les définir scientifiquement.

La chromatographie en phase gazeuse est une sorte de micro distillation qui permet de séparer, puis d’identifier, les différentes molécules composants le liquide à analyser (nous utilisons l’analyse chromatographique pour les huiles essentielles et pour les alcools). Les huiles essentielles utilisées actuellement en aromathérapie sont en général analysées de cette manière.

La seconde tendance, moins imposante mais encore présente chez les producteurs d’huiles essentielles, est plus instinctive : le thérapeute, quand il cueille et distille lui-même la plante, observe son rôle ou son comportement dans le milieu naturel. Pour parler d’une manière évocatrice : il écoute le message de la plante. Par exemple, la lavande vraie (lavanda augustifolia) cultivée en haute montagne devra développer des facultés particulières pour résister à son milieu (froid…) et son essence sera plus active pour, par exemple, cicatriser une plaie avec en plus un effet psychique apaisant, déstressant, que ne procurera pas une autre lavande de la même espèce mais qui sera cultivée en plaine et soutenue par des sélections artificielles, des engrais, pesticides et autres merveilles de la civilisation.
Cette étude des plantes est traditionnelle : c’est une attention qu’ont développée les spagristes, les homéopathes, ou les utilisateurs des élixirs floraux ainsi que je me suis efforcé de le faire sentir tout au long de cette partie.

Il existe quand même peut-être un moyen d’analyser et de mesurer les huiles essentielles qui satisfera sans doute cette approche de l’aromathérapie : c’est l’analyse par les cristallisations sensibles développée et utilisée par les antroposophes. Cette piste reste à développer.

Les Hydrolats
Les hydrolats sont composés de l’eau distillée des plantes enrichie de leurs principes solubles. Ils sont obtenus en même temps que les huiles essentielles, mais ne doivent pas être considérés comme les résidus de leur distillation : leur support étant l’eau, les hydrolats ont un caractère, un intérêt, et des applications spécifiques qui les distinguent de celles-là.
En matière de médecine, l’utilisation des hydrolats est plutôt antérieure à celle des essences, cela s’explique principalement par des raisons pratiques : leur distillation est plus simple. Leur application est plus proche des tisanes et macérations de plantes, ils sont plus souvent utilisés en voie interne.
On emploie aussi les hydrolats dans la cuisine (eau de fleur d’oranger, sirops), ou pour les soins du corps (eau de rose, crèmes ou lotions, bains).

En pratique
Au niveau des utilisateurs, l’aromathérapie entre facilement dans la pharmacopée familiale : son usage est assez simple pour que l’on puisse en apprendre les éléments de base avec quelques livres et le coût des huiles essentielles reste relativement abordables (mais attention, il y a quelques règles à connaître pour employer ces essences parfois très actives !).

Les huiles essentielles sont employées de 3 manières :
• Voie externe (application cutanée)
• Diffusion dans l’air
• Voie interne (ingestion directe ou dilution de quelques gouttes sur une cuillère de miel, d’huile d’olive…).

L’ingestion était autrefois la méthode d’utilisation la plus courante, préconisée par le Docteur Valnet (bibliographie) à une époque où l’aromathérapie était encore encore considérée comme une branche de la phytothérapie.
La voie externe est actuellement plus fréquente et bien adaptée à la puissance des huiles essentielles : quelques gouttes appliquées sur le pouls du poignet ou aux pieds pénètrent très facilement dans le sang pour rapidement ateindre la zone à soigner. Il est très facile de se rendre compte de cette facilité de pénétration des huiles essentielles en s’appliquant quelques gouttes d’essence d’eucalyptus radiata sur la plante des pieds : l’odeur se manifeste dans l’haleine en 10 minutes (l’eucalyptus radiata traite les voies respiratoires hautes).

Certaines huiles essentielles sont dermo-caustiques, c’est-à-dire qu’elles peuvent provoquer des brûlures ou des irritations de la peau : elles doivent alors être diluées dans de l’huile (huile d’amande douce par exemple) avant d’être appliquées ou ingérées. On peut les diluer dans un disper (la dispersion permet une dilution qui rapproche cette thérapeutique de l’homéopathie dans le rapport matière/énergie), ou encore utiliser une base lavante pour un bain.

Quelques Huiles Essentielles & leur usage
Les huiles essentielles qui suivent sont celles que j’ai trouvées dans la trousse familiale. Nous-mêmes les employons principalement en application externe, parfois en diffusion dans la pièce, avec un diffuseur, et plus rarement en ingestion.
Cette trousse donne un exemple d’application personnelle de l’aromathérapie et n’a aucune prétention à rivaliser avec la pharmacopée ou les prescriptions d’un professionnel, pas plus qu’elle ne peut remplacer les ouvrages tout entiers consacrés à cette matière (voir bibliographie) : c’est seulement une illustration.

Un avertissement est cependant nécessaire : l’utilisateur amateur doit être très prudent avec cette méthode thérapeutique efficace mais complexe, surtout lorsqu’il s’agit de traiter les enfants ou les femmes enceintes. Il peut être bon de consulter un médecin ou un naturopathe avant de se lancer sur cette voie.

Lavande Fine lavandula augustifolia : (3 voies sans contre-indications) apaisante (brûlures, stress, piqûre…), cicatrisante (toutes plaies, même ouvertes).
Lavande Aspic : variété sauvage de la précédente, l’effet destressant est plus important qu’avec la Lavande Fine.
Lavandin Abrial : (3 voies sans contre-indications, sauf peut-être la voie interne) contractions musculaires. Tonique veineux. C’est une variété de la Lavande Vraie dont le rendement a été amélioré au détriment de ses pouvoirs.
Romarin rosmarinus officinalis cinéole : (3 voies sans contre-indications) application cutanée : sphère ORL, otites : quelques gouttes autour de l’oreille, et sinusites : sur la gorge + diffusion, tonique veineux (varices).
Thym thymus vulgaris linalol : en cutanée : rhyno-pharyngites.
Thym thymus vulgaris thymol : en cutanée : bronchites.
Ravintsara cinnamomum camphora (et non pas ravensare aromatica qui est une variété différente) : diffusion et cutanée : stimule le système immunitaire. Quelques gouttes au bas du dos aident à lutter contre les maladies hivernales, grippe, idem sur la gorge pour les maladies ORL. Il est également efficace contre l’herpès labial -boutons de fièvre : une goutte sur le bouton,. C’est également un bon antidépresseur : une goutte dans les poignets et derrière la nuque, ou dans une huile de massage.
Eucalyptus Radiata : (voies externes et diffusion), rhino-pharyngites, otites, sinusites, frictions sur gorge et poitrine.
Eucalyptus Globulus : (cutanée) : bronchites : friction poitrine.
Niaouli : (cutanée), antiviral puissant (grippe, ORL…) application locale. En association avec Tea-tree c’est une aide puissante contre les effets secondaires de la radiothérapie (prévention et soin, appliquer avant les scéances, 3 fois par jour).
Laurier Noble : toux récidivantes et chroniques en application locale (poitrine), hygiène buccale (une goutte sur une dent cariée ou un aphte).
Myrte Sauvage myrtus communis L. : (voies cutanée et diffusion) toux et bronchites.
Marjolaine : rhumes, sinusites, otites en application locale.
Pin de Sibérie : en diffusion contre les maladies hivernales.
Sauge Sclarée : en application au creux des reins, régule les hormones féminines, et le flux et le cycle menstruel.
Menthe Poivrée : une goutte sur chaque tempe contre les maux de tête, en diffusion (très faible quantité) stimule l’activité cérébrale (quelques gouttes sur un mouchoir pendant un examen ou un long trajet en voiture).
Hélichryse : résorbe les hématomes et renforce les parois des veines.
Lentisque Pistachier : application locale : varices et mastoses (seins douloureux).
Gaulthérie (Wintergreen) : tendinites et douleurs rhumatismales (application locale, en association avec Eucalyptus Citriodora et dilués dans une huile végétale)
Sarriette : par voie interne : infections ou mycoses gastro-intestinales (une goutte sur une cuillère de miel 1 à 5 fois par jour selon la sensibilité du patient et la résistance de la bactérie – attention : cette huile fatigue le foie).
Tea-tree : mycoses des voies digestives (même posologie que la sarriette), et cicatrisant (en cutané, avec la Lavande). C’est aussi un anti-viral puissant en diffusion.
Cyprès Cupressus sempervirens : tonique veineux (application locale), quintes de toux (idem).
Ciste cistus ladaniferus : par la peau : cicatrisant, contre les saignements (hémorrhoïdes, saignement de nez, coupures) 1 à 2 gouttes sur la plaie (sur un coton pour les saignements de nez)
Petitgrain Bigaradier : calmant et antidépresseur en diffusion ou quelques gouttes sur les poignets contre l’anxiété.
Citronelle : en diffusion ou voie cutanée, contre les moustiques : en prévention en association avec le Géranium, en curatif en association avec la Lavande.
Géranium Perlargonium Graveolens : régénérant et tonique cutané (par voie cutanée, dilué dans une huile végétale)
Copahu (baume de) : très efficace contre les douleurs osseuses et musculaires, particulièrement pendant la croissance des enfants et adolescents (quelques gouttes appliquées aux endroits douloureux ou incorporé dans une huile de massage).
Si l’on veut se préparer un mélange d’huiles essentielles pour lutter par exemple contre les maladies hivernales courantes (dans la sphère ORL), il faut choisir, parmi les flacons disponibles, en priorité les huiles qui permettent une application cutanée. On peut alors composer un mélange de base avec, par exemple : Ravinsara (pour les défenses immunitaires), Eucalyptus Radiata (voies respiratoires hautes : sinusite, rhumes, otites…), et Niaouli (voies respiratoires basses : bronchites, rhinopharyngite, grippe).

Si l’on veut mieux cibler par exemple les voies respiratoires hautes, on peut alors rajouter Romarin Cinéole,  Marjolaine, Myrte, voire Thym (Linalol)…
Si au contraire, on veut traiter les voies respiratoires basses, on rajoutera Eucalyptus Globulus et Laurier Noble, Thym (Thymol).
Ces mélanges peuvent être fait de 30 gouttes de chacune des 3 huiles de base + 10 gouttes de chaque autres.

L’action d’une huile essentielle disparaît au bout de quelques heures, pour vaincre une maladie, il est conseillé de renouveler les applications toutes les 3 heures, ou plus, jusqu’à guérison (d’ailleurs, ne pas attendre pour se soigner : ces traitements pris assez tôt en phase d’incubation  permettent souvent d’éviter la maladie).

Il n’y a pas de contre-indications au mélange des huiles essentielles, au contraire, la synergie d’un mélange peut augmenter la puissance de chacun des composants.

Commentaires (1)

1. dourlens 21/01/2012

je trouve remarquable les explications surtout bien explicite bravo:

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