L'Atelier Public de Distillation

Articles sur l'histoire ou l'actualité des bouilleurs de crus et des bouilleurs ambulants

Un film à l'Atelier d'Autignac…

Une vidéo filmée à la distillerie d'Autignac en 2010.

 

Video autignacois 2010

 

Merci à "Autignacois" pour la prise de vue et le montage !

Lien direct : https://www.youtube.com/watch?v=2IX2xDx_73Q

Distille à Sion

La distille à Sion…

Non, je ne suis pas en Orient, dans l'un des berceaux de la distillation des plantes aromatiques et de l'alchimie… Mais près de Sion dans le Valais suisse pour un projet de distillation dont je vous parlerai plus bientôt.
J'ai souvent fait l'éloge des distillateurs suisses et de leur administration, la Régie Fédérale des Alcools (RFA). Il se trouve que l'alambic fait partie du patrimoine de ce beau pays tout autant qu'en France, et dans presque tous les pays du monde en fait…
Mais je m'égare…
La tradition de la distillation familiale en Suisse reste développée et les bouilleurs familiaux (c'est le nom local pour les bouilleurs de cru) ne manquent pas d'apporter leur tonneau à la distillerie locale. Ces distilleries sont le plus souvent d'anciennes installations ambulantes qui se sont sédentarisées, pour des raisons de confort le plus souvent. En Suisse, tous les producteurs ont le droit de faire bouillir leur cru, les taxes à verser sont d'environ 29 CHF par litre d'AP, ce qui est moins cher qu'en France si l'on tient compte de la différence du niveau de vie qui est bien supérieur chez les Hêlvètes (d'ailleurs ils ne mettent pas de trous dans leur gruyère). Il y a une remise pour les agriculteurs pour les 30 premiers litres (avant, c'était 5 litres, mais l'administration à décidé que 30 litres, c'est mieux et ça fait moins de papiers à remplir). Jusque-là, ça ressemble à la France. Là où ça commence à différer, c'est que les producteurs peuvent vendre leurs eaux-de-vie purement et simplement dès qu'ils ont payé l'impôt (les 29 francs ou moins) et qu'ils déclarent leurs gains en fin d'année.
Là où ça diffère franchement, c'est au niveau de la relation avec l'administration, mais je vais essayer de ne pas entrer trop dans les détails parce que c'est un sujet douloureux pour les bouilleurs français… Disons simplement que la Suisse est un état démocratique et que l'administration est au service de la population pour appliquer les règlements qu'elle a voté. Il n'y a donc pas de raison d'être en conflit généralisé puisque tout le monde (les bouilleurs et l'administration) travaillent dans le même sens (oui, je sais, je suis un peu enthousiaste, mais plus je connais la situation ici en Suisse, plus je le reste. Pourvu que ça dure !).
Bref…
J'avais déjà parlé de mon ami et collègue Armin Marchon (www.brennerei-marchon.ch/), près de Berne qui distille en propre production, fait de la prestation de service et déambule quelques semaines dans les campagnes proches de Bösingen. Voici maintenant quelques souvenirs de mes voisins et amis dans le Valais : la distillerie Tissières à Saint Léonard (https://www.valaisannet.com/alimentation/distillerie/tissieres-distillerie-a-st-leonard-en-valais.html) et celle de Charly Sauthier à Charrat (https://yellow.local.ch/fr/d/Charrat/1906/Distillerie/Sauthier-Fils-SA-dNDDnep4-cgxD5NQAvQp2w).

La distillerie teissie res a st le onard          La distillerie Tissières à St. Léonard

Florence une agricultrice distillatrice dont je vous reparlerai biento t

Florence Thieblot, une paysanne-distillatrice du Valais dont je vous reparlerai bientôt…

Jean charles le distillateur avec florence alcoolle gueN y a t il de ja pas trop d eau
Il y en a d'autres, mais je ne les connais pas encore (la Suisse, c'est comme le Maroc : on se fait des amis très facilement et il n'est pas facile de les laisser pour poursuivre son chemin - loin de moi l'idée de m'en plaindre !). Ces deux distilleries ont des alambics à vapeur avec 2 vases de 120 litres. Les clients amènent leurs bidons et viennent chercher leur gnôle le lendemain comme dans les campagnes de France. L'alcool est en général réglé à 50°. Le fait que les paysans vendent souvent leur production participe à la perpétuation de la tradition et l'alcool consommé en Valais est loin d'être exclusivement d'origine industriel comme en France.

La distillerie charly sauthierLa distillerie Charly Sauthier à Charrat (au fond, un alambic Holstein à vapeur).
Frédéric pèse le Génépi d'Isabelle Gabioud ("Les Simples"), productrice de plantes aromatiques et médicinales (et de génépi…) valaisanne.

J'ai découvert ici une tradition de macération de plantes dans les moûts que je ne connaissais pas en France, et les fermiers suisses ont souvent une très bonne connaissance des plantes sauvages. Ici, on met souvent des plantes (génépi surtout, mais aussi tout un tas d'autres comme l'achillée musquée &c… je reviendrai là-dessus dès que je serai un peu plus cultivé en plantes sauvages) dans les fruits mis à fermenter (coings, ou une poire peu aromatique par exemple). D'ailleurs on boit beaucoup d'absinthe dans les bistrots (surtout au café du Mont-Fort à Sarreyer, je vous en reparlerai bientôt !) ce qui est un signe de cette familiarité des valaisans avec les herbes (entre parenthèses, il y a des herboristes ici… Ce statut avait été supprimé comme en France, mais il a été réintroduit. C'est donc possible ! Qu'on se le dise !).

Je pense que je vais rester un peu ici en Valais, entre les plantes et les eaux-de-vie médicinales…

Jean charles et moi a la distilleuse de st le onard(Mais que disent-ils devant leur marmite ?)

PS. Pour le titre, désolé, je n'ai pas trouvé mieux, ni pire d'ailleurs…

 

Combien de litres dans mon tonneau ?

A l'attention des nouveaux controleurs des douanes qui ont parfois du mal à s'y retrouver dans l'univers fascinant de l'entrepôt du distillateur…

 

(…) Voici la table pour calculer le volume de liquide que contient une barrique…

 

Calcul du remplissage des barriques

(la même en PDF : Calcul du remplissage des barriquescalcul-du-remplissage-des-barriques.pdf (820.61 Ko) )

 

Pour t'en servir tu dois mesurer avec une tige la hauteur du liquide (le "mouillé") ainsi que la hauteur jusqu'à la bonde.

Tu divises la première par la seconde ce qui te donne un nombre dont tu prends les premiers chiffres après la virgule.

Dans la table, ce nombre correspond à un autre que tu multiplies par le volume total de ta barrique.

Exemple:

Si tu as 50 de hauteur totale et 40 de mouillé, 40 / 50 = 0,80

80 correspond à 8764 sur la table.

Si ta barrique fait 120 litres, alors 8764 X 120 = 1051680

Tu gardes les 3 premiers chiffres et tu as la quantité de liquide, soit 105 litres dans l'exemple. (…)

 

La calcul a l'air assez simple (!), mais pour moi la barrique reste un récipient à l'hermétisme insondable…

 

Merci à Quentin Le Cléach (http://www.atelier-du-bouilleur.fr/) et à Philippe Cayrol (http://www.groupeudm.com/) pour cette table et le mode d'emploi !

anatomie distillatoire

Anatomie distillatoire

Des parties de l'alambic, le col de cygne est supposément la plus belle, juste devant le serpentin, laissant loin derrière marmite ou éprouvette…

 En y regardant bien, il n'est pas toujours évident de voir un col de cygne dans ce tuyau qui transporte les vapeurs entre la partie qui chauffe et celle qui refroidit les esprits.Tuyau dit
Alambic
Alambic à "Tête-de-Maure" ou "Trompe d'éléphant" - à droite, le tuyau est dit "Col de cygne"…

En fait, il faut aller voir du côté des alambics des parfumeurs, ceux de l'époque où Grasse embaumait la Haute Provence…

Voici deux appareils de cette époque (XVIII° et XIX° siècles) dont la grâce évoque le volatil
Alambics portables à plantes à parfumsLe beau col de cygne !

 Un joli exemple de chapiteau/col de cygne
Voici un joli exemple de combiné chapiteau/col de cygne

Le serpentin, tout aussi fascinant qu'il soit, il est d'ailleurs dans l'imaginaire populaire le résumé de tout l'appareil (Tout pour la gidouille ! disait Rabelais), n'est pas toujours aussi gracieux. Mais il n'est pas étonnant que l'animal rusé qui lui a donné son nom, animal doué de parole bien avant l'homme lui-même si l'on en croit la genèse, et qui est en fait la grâce incarné, soit le symbole de l'appareil distillatoire tout entier.


Ceux-ci sont en plomb, comme cela se pratiquait souvent autrefois.
(ci-dessous)
Serpentins en plomb

Collection et photos Emmanuel Dalla Favera (Merci Manu pour le beau travail !)

Pélican

Le Privilège des Bouilleurs de Cru est prolongé à vie !

 

Une bonne nouvelle pour les fêtes…

Les deux syndicats de bouilleurs (celui des bouilleurs ambulants -les distillateurs-, et celui des bouilleurs de cru - ce n'est pas la même chose) viennent de me prévenir qu'un amendement de l'assemblée nationale vient d'être ratifié par le sénat et devient donc applicable. Cet amendement stipule que le privilège de bouilleur de cru vient d'être prolongé à vie, permettant à leurs bénéficiaires une détaxe totale sur 10 litres d'alcool pur (soit environ 20 litres d'eau-de-vie, c'est les fameux "1000°") distillés par campagne.
Les bouilleurs de cru non privilégiés continuent de bénéficier de la remise de 50 % sur la même quantité (10 litres d'alcool pur par an).
Pour tous, l'alcool supplémentaire est taxée "plein pot" (soit environ 16 € / litre d'AP), plein pot à gnôle évidemment.
Pour la "petite" histoire, ces deux syndicats ont passés ensemble ou séparément beaucoup d'énergie à trouver une solution pour que ce perpétue la tradition de l'eau-de-vie du récoltant amateur, appelé bouilleur de cru, leur "privilège" (c'est-à-dire une détaxation sur 10 l. d'AP) n'étant plus accordé depuis une loi passé sous Paul Ricard Mendès-France dans les années 60'.
Le syndicat des bouilleurs de cru (FNSRPE, soit Fédération Nationale des Syndicats de Récoltants et Producteurs d'Eau-de-vie) a choisit une solution d'avenir qui consiste à accorder une détaxe de 50 % pour tous les récoltants qui veulent faire distiller leur eau-de-vie familiale. Une loi est passée dans ce sens en 2002. En revanche, le privilège devait disparaître dans les 5 ans.
Le syndicat des bouilleurs amblants (FNBAPF, soit Syndicat National des Bouilleurs Ambulants et presseurs à Façon) à décidé de prendre la relève et protéger le privilège des anciens bouilleurs de cru. Un premier amendement avait permit la continuation de celui-ci jusqu'en 2007, puis, 2012, enfin, cet ultime prolongation en assure la perpétuation à vie.
Souhaitons que cette décision reste longtemps dans l'histoire du privilège des bouilleurs de cru…

Quelques précisions sont peut-être utiles pour comprendre pourquoi les deux syndicats n'ont pas toujours été dans le même sens (mais, heureusement, les résultats qu'ils ont obtenus sont complémentaires).
Les bouilleurs de cru syndiqués sont très souvent membres de syndicats locaux qui leur permet de distiller eux-même leur propre eau-de-vie à l'alambic communal. Ce ne sont que très rarement des bouilleurs de cru qui portent leurs fruits chez un bouilleur ambulant. Il y a aussi une partie non négligeable ce ces bouilleurs syndiqués qui réside en Alsace et en Lorraine, ce qui leur permet de distiller chez eux eux-même leur cru.
Les bouilleurs ambulants syndiqués (ou non d'ailleurs) distillent pour des bouilleurs de crus qui sont en général privilégiés, et ne sont que très rarement syndiqués (leur distillateur l'est pour eux). Ces bouilleurs ambulants traditionnels ont donc une clientèle à grande majorité privilégiés, ce qui explique qu'ils soient si attachés à la protéger. Ces bouilleurs de crus devaient être exploitants agricoles au plus tard pendant la guerre d'Algérie et sont en général très âgés aujourd'hui.
Voici les raisons pour lesquels ces deux catégories de bouilleurs sont à la fois différentes et complémentaires.

Pour finir, rappelons qu'il est actuellement interdit à un récoltant (qu'il soit exploitant agricole ou non) de distiller lui-même son cru chez lui : il peut le faire légalement dans le cadre d'un syndicat communal qui gère le fonctionnement d'un alambic associatif (c'est une association déclarée notamment aux douanes). S'il n'a pas la possibilité d'adhérer à un tel syndicat, il doit en général passer par les services d'un bouilleur ambulant.
La première raison pour cela est que la possession d'un alambic est réservée au professionnel (ou à une association du type syndicat communal). En tous cas, il est interdit à un particulier de posséder un alambic (sauf en Alsace-Lorraine) même s'il veut faire de petites quantités, même s'il distille des huiles essentielles (dura lex…).

Personnellement, étant moi-même bouilleur ambulant, je considère que le bouilleur de cru, c'est-à-dire l'amateur, ou plutôt, le passionné de l'eau-de-vie maison est notre client et à ce titre, on doit le servir et l'aider à réaliser sa passion. De plus, même si le membre d'un syndicat communal qui distille lui-même à l'alambic de son coin n'est pas un client pour nous, nous devons tous (bouilleurs de cru et bouilleurs ambulants) être solidaires et se soutenir pour que survive la tradition de l'eau-de-vie maison et de l'alambic artisanal : notre époque à besoin de nous (et là je plaisante à peine…).
Il se trouve que dans ma région, les clients que je sert (ou qui se servent s'ils utilisent mon matériel - sous ma responsabilité quand même -) ne sont pas privilégiés, et ce nouvel amendement ne me concerne pas directement. Mais je salue le travail de mes confrères du syndicat et souhaite de très bonnes fêtes à nos anciens privilégiés, et à leurs distillateurs !

(pour plus de détails sur les questions du privilège, vous pouvez vous reporter à mon livre "L'ALAMBIC", pages 54 à 74).

Et je profite de cet article sur la distillation traditionnelle pour joindre le 1° numéro de la "Gazette de l'Alambic" du syndicat viticole de Charrey (Côte d'Or) gazette-de-l-alambic.pdf gazette-de-l-alambic.pdf (merci à Marc Lefils et aux membres de ce syndicat pour la communication et l'autorisation de reproduire ce document).

Une journée de distillation

 

Une journée à l'atelier de distillation

Notre petit atelier de distillation du faugérois (région de l'appellation "Faugères", située entre Béziers et Bédarieux, dans l'Hérault) est spécialisé dans la distillation des vins : vins de Faugères pour la "Fine Faugères", de Montpeyroux pour la "Fine de Montpeyroux", ou encore la "Fine de Muscat de Frontignan" et autres Eaux-de-vie de vins du Languedoc
Mais toute l'année, je distille toutes sortes de moûts : des fruits, de la bière, des roses &c…

La semaine dernière, nous avons eus (moi-même accompagné des bouilleurs de cru et d'alcoollègues en herbes) une journée intéressante : nous avons cuit des figues, du vin de miel, et saccharifiés des châtaignes.

Les figues :
le bouillleur de cru charge ses figuesLa fermentation en milieu trop peu hermétique (le couvercle des bidons n'était pas complètement fermé) a produit un moût plus ou moins piqué. De plus, l'une des cuites a attaché au fond de la marmite de l'alambic à feu nu (le très faible degré m'a engagé à pousser un peu trop le feu, fatale erreur qui coûte plusieurs heures de nettoyage). Les prochains bidons seront distillés au bain-marie.



    Le miel fermenté (il s'agissait de lies d'hydromel) distillation de miel fermenté au bain-marieest extrêmement aromatique, comme il colle facilement, je l'ai distillé au bain-marie : la première passe (je distille tout en deux passes) est déjà très prometteuse.

 

La châtaigne contient beaucoup de sucre potentiel sous forme d'amidon : il faut donc la préparer selon l'art du brasseur (comme les vodka et autres whiskies). La première étape est donc la saccharification. Il s'agit de faire cuire le fruit avec des enzymes en faisant des paliers à des températures précises, spécifiques à chaque matière première. La pâte sucré qui en résulte est alors mise en fermentation avec des levures.
…Vous aurez la suite au prochain numéro, à la fin de la fermentation !Les fruits épluchés sont prêts à être empatés

Souvenirs d'un bouilleur ambulant de l'Hérault

Un bouilleur ambulant de la vallée de l'Orb & du Jaur

Henri Marsal est le dernier bouilleur ambulant à avoir offert ses services aux bouilleurs de cru de l'Hérault avant que je ne reprenne le flambeau quelques années plus tard. Il a totalement cessé son activité en 1994, il avait 74 ans.
Je ne connais pas la date du début de son activité, mais je crois qu'il avait repris l'atelier de son père, probablement un peu avant ou un peu après la seconde guerre mondiale.

Au départ, Henri Marsal distillait les marc des prestations viniques avec un alambic à vapeur à 3 vases installé en poste fixe au Poujols/Orb et faisait les tournées avec un petit alambic à jet continu pour distiller le vin des bouilleurs de cru.
Après l'explosion spectaculaire de l'alambic à vapeur en 1957, Henri Marsal s'est cantonné aux tournées ambulantes de la région. Il occupait les ateliers publics de Faugères et de Caussiniojouls ou j'ai distillé moi-même bien des années plus tard, ainsi que celui de Saint Étienne d'Albagnan où j'ai en projet l'ouverture d'un atelier traditionnel. Ses collègues Camberoque d'Hérépian, Pinroux de villeneuve les Béziers, Dupin de Bédarieux, et Lamarque de La Tour/Orb lui ont tour à tour cédé leurs tournées en prenant leurs retraites, ce qui nous rappelle que les alambics étaient à l'époque aussi communs qu'aujourd'hui les cafés, les pharmacies dans les villages…

Voici l'alambic destiné au vin des bouilleurs de cru des hauts cantons de l'Hérault. Alambic ambulant à jet continu

Le vin était pompé avec la pompe manuelle placé sur le chassis de l'installation (visible à gauche de la bétonnière) dans le cylindre de cuivre située en haut de l'appareil pour couler dans la colonne de gauche. Sous celle-ci se trouve le foyer alimenté ici au bois ou au charbon : les plateaux de la colonne sont le lieu d'échange du vin (qui descend)  et de l'alcool (qui monte) ; les déchets (eau, tanins…) sont évacués en bas de celle-ci. Les vapeurs sont conduites dans le concentrateur situé à droite de l'appareil (en passant à travers le cylindre de vin, le pré-chauffant à la même occasion), pour être recueillies condensées, au degré désiré (en général plus de 80°). L'alcool ainsi concentré est refroidi par l'eau qui coule depuis la citerne noire située tout en haut de l'appareil.
Ce type d'alambic, qui est finalement un genre de colonne midi encore courante dans l'industrie, est habituel pour la distillation de l'Armagnac et souvent du Calva. Il a la particularité de permettre un réglage précis du degré alcoolique du distillat, ce que ne permettent pas les alambics à fonctionnement discontinus (comme les charentais), en revanche, il ne distille que des matières liquides.

Cette colonne située au-dessus du foyer est composée de plusieurs anneaux de cuivres.colonne de rectification Au début de la saison, Henri Marsal allait acheter un sac de farine pour en faire les joints : le sac en toile de jute était découpé en bandelettes pour former les joints et la farine servait de ciment pour luter hermétiquement l'ensemble. 
Merci à Richard Marsal, son fils, pour le témoignage.  Matthieu et Richard Marsal

Post-Sriptum (mis à jour le 27/7/11) :

Claude Caumette, le fils du dernier bouilleur ambulant de la dommune de Faugères me signale que cet alambic est d'un modèle identique à celui utilisé par son père de 1941 à 1957, date de la cessation de son activité, et date de l'explosion du premier alambic d'Henri Marsal justement. L'alambic de Caumette appartenait alors à Techené, bouilleur ambulant du faugérois (Faugères, Causiniojouls, Gabian…) jusqu'en 1941, il a été détruit par les indirects en 1957. Ce type d'alambic semble avoir été courant dans la région (un autre appareil, non en service, est exposé durant la foire des vieux métiers de Murat -Tarn- au mois d'aout chaque année), mais je ne connais pas le nom du fabricant.

J'ai goûté chez Claude l'alcool produit par cet appareil dans les années 50' : c'était un 3/6 assez fort (environ 90°), très fin.

C'est également Claude qui a fourni les informations sur la distillerie Noël Salles dans cet article.

Visite & interview à l'Atelier Public de Distillation, vidéos

Distillation de prunes :

L'Office du Tourisme de Murviel les Béziers, duquel dépend Autignac, a organisé une visite de mon atelier public de distillation. Dans la vidéo suivante, j'explique en détail le processus de distillation des fruits pour les bouilleurs de cru.

Merci à l'Office du Tourisme pour cette visite très bien organisée, et à Autignacois pour la réalisation de ce film.

(cette vidéo se mettant en route automatiquement, musique comprise, j'ai du défaire le lien que je mets ici, cliquez ici, pour voir la vidéo)

Distillation d'eau-de-vie de Faugère :

J'ai reçu il y a quelque temps les journalistes de la télé régionnale, FR3, qui ont diffusé la vidéo suivante :

 

Il s'agit de l'eau-de-vie de Faugères qui est l'une des eaux-de-vie que je distille, mais heureusement pas la seule. Ce travail a ça de particulier qu'il est le résultat de la collaboration des vignerons du faugérois (syndicat de l'appelation Faugères), de la distillerie coopérative d'Autignac qui dépend maintenant de l'Union des Distillerie de la Méditerrannée (UDM), et de mon activité de SDF (Sans Distillerie Fixe), de bouilleur ambulant. 3 structures totalement différentes et indépendantes qui collaborent à une production dont l'intérêt est légèrement décalé par rapport à l'économie moderne…

Le syndicat est l'organe de communication entre les vignerons, l'UDM, et moi. Il propose les achats groupés de barriques, de bouteilles… l'UDM met les locaux de la distillerie à disposition pour que je puisse y travailler, gère aussi l'entrepôt des barriques d'eaux-de-vie sur les plans administratif et pratique, propose le suivi de l'élevage &c…, et moi je distille, je goûte…

Ce travail de distillation à façon que je fais pour des professionnels qui vendent leurs eaux-de-vie est une partie importante dans l'économie de ma micro-entreprise. Cela reste complémentaire avec le service que je propose aux bouilleurs de cru, ces amateurs qui distillent, ou qui font distiller -selon leur choix, leurs bonbonnes d'eau-de-vie de fruits pour leur consommation familiale…

Merci à France 3 pour ce reportage.

L'Atelier Public de Malain (Côte d'Or)

L'Atelier de distillation de Malain, en Bourgogne, est tenu par le Guizou, "Bouilleur Ambulant" de 79 ans.

L'alambic est équipé d'un bain-Marie et d'une lentille de rectification style Deroy qui permet de distiller des fruits délicats en une seule chauffe.

L'alambic à bain-Marie de Malain (21)

                                                  L'Alambic de Malain

 

Le Guizou ne supprime jamais la tête, il arrête la distillation quand l'alcoomètre indique environ 30° et que le distillat (c'est-à-dire la goutte elle-même) fait 50°.

C'est une technique à l'ancienne, qui permet de limiter au maximum les pertes d'alcools, et qui s'adresse à des buveurs confirmés… De cette manière, on ne rajoute pas d'eau pour descendre le degré, ce qui donne une certaine cohérence à cette technique que personnellement je ne pratique pas (je suis partisan d'écarter les têtes et les queues du distillat et de descendre le degré avec une eau de source choisie).

Les bouilleurs de cru de Malain, pendant la chauffe… Au centre des bouilleurs de cru de Malain : Le Guizou

 

 

 

 

 

Les Bouilleurs de Cru de Malain ne s'ennuient pas pendant la distillation…

L'atelier de Malain fonctionne pendant 2 ou 3 semaines chaque année en décembre ou janvier, les bouilleurs de cru sont souvent membre du syndicat des récoltants de fruits (FNSRPE).

 

Merci à Alain, un bouilleur de cru de Malain, pour ce témoignage, et au Guizou pour son travail…

Devenir distillateur… quelques questions

Comment devenir distillateur

Ce blog a pour vocation de notamment vendre mon livre expliquer comment distiller, ou devenir distillateur légalement, et ce n'est pas toujours facile de trouver des solutions tant les règlements peuvent être décourageants…
En témoigne ce lecteur passionné qui m'écrit cette lettre 3 jours après avoir reçu mon livre (ça fait plaisir d'être lu aussi vite !). Voici quelques réponses à ses questions, qui intéresseront les lecteurs qui souhaiteraient se mettre sur les rangs, ou simplement seront curieux du marathon administratif vécu par les bouilleurs.


Je dois préciser que j'ai eu moi-même la chance (!!!) de fréquenter un certain nombre d'agents de la gabelle puisque j'ai travaillé dans plusieurs régions. Si j'ai eu parfois des soucis, ils étaient de deux sortes : on a pu me tirer les oreilles à cause de ma négligence ou, plus souvent, de mon ignorance du règlement (un simple coup de fil de l'administration aurait très bien pu me permettre un régularisation rapide dans bien des cas, mais la procédure administrative utilisée -lettres recommandée, transfert du dossier vers d'autres services… transforme automatiquement n'importe quelle affaire bégnine en un cauchemar kafkaïen). Par chance, je m'en suis toujours bien tiré et je n'ai jamais eu d'amende (ce qui est rare chez les bouilleurs ambulants). Actuellement, j'ai de très bons rapports (c'est à dire normaux) avec mes bureaux de référence, ce qui vient du fait que nous nous connaissons maintenant bien (et que je suis réglo bien sûr).


Mon souhait profond est que le service des douanes s'occupant de la distillation familiale ou artisanale soit chargé, à l'image de la Régie Fédérale des Alcools suisses (voir "L'Alambic"), non plus seulement de contrôler la production taxable et de punir les fraudes, mais de participer à un réel travail de fond en collaboration avec les fédérations de bouilleurs (syndicats de bouilleurs ambulants ou de bouilleurs de cru par exemple) pour adapter les méthodes aux demandes et aux besoins de cette activité marginale et patrimoniale. Tant qu'un service de contrôle dédié à cette activité ne sera pas créé, il faut s'attendre à des difficultés dues aux différences naturelles qui existent entre les uns et les autres.

MAIS, en attendant cette situation utopique, il est souhaitable que, de part et d'autre, des efforts soient fait pour, chacun, faire correctement son boulot. C'est possible, notamment depuis que la distillation familiale est devenu tellement peu importante que le lobby des alcools industriels ne fait plus pression sur le pouvoir pour la supprimer…
Voici ce courrier, avec mes commentaires (et, plus bas, les vôtres, ça serait bien ;-)

Salut Matthieu,

J'ai bien lu ton bouquin, d'ailleurs bravo c'est un chouette ouvrage ! Mais je n'ai pas trouvé toutes les réponses à mes questions, c'est pourquoi je me permets de te contacter personnellement !
De mon coté je viens de haute savoie où il existe encore quelques petites distilleries fixes (toute l'année) et surtout un grand nombre de bouilleurs ambulants !

moi pour l'instant je me contente d'aller distiller mes fruits chez l'alambinier pour faire mon eau de vie  et ensuite de préparer tous types de liqueurs avec mon eau de vie de pommes  ... Mais j'aurai aimé poussé un peu tout ça en pouvant distiller moi même et commercialiser mes eaux de vie et liqueurs ... Et comme toi laisser les gens venir distiller leurs mouts à l'alambic !

Du coup je fais un ptit courrier à la douane pour avoir quelque réponse à mes interrogations et là elle me précise qu'il n'est plus possible de laisser des gens venir distiller chez soi car c'était un privilège qui se transmettait de père en fils pour les bouilleurs ambulants et c'est tout. Je ne connaissais pas cette loi !?!

Ensuite elle me précise qu'il faut trouver un organisme cautionnaire !  Sans plus de précisions hormis que ce serait certainement la chose la plus délicate à trouver !!! et elle m'a dit ausssi que je n'avais pas le droit de vendre l'alcool à des particuliers ...

Ah et aussi à peu près 18€ de taxe sur la vente de l'alcool pur !!! C'est vraiment autant que ça ou c'est juste pour me décourager ?

Ayant suivi une petite formation en herboristerie, je suis en train de me demander si les HE ne seraient pas plus faciles à produire ?!?

Voila après toutes ces infos je voulais savoir comment toi tu t'étais installé ? le temps que tu avais passé en paperasse  avant de pouvoir vendre ?
Et que produit tu pour la vente ? uniquement la fine de Faugère ?

Si jamais tu pourrais donner ton avis sur ces quelques questions ce serait sympa !! J'ai plein d'espoir en la distillation et pas forcement envie de laisser l'état nous saouler avec leurs alcools industriel .. Mais je ne vois pas trop vers qui me tourner concernant la réglementation et tout ce bazar administratif

Merci d'avance

D'abord, c'est moi qui te remercie pour nous faire part de cette aventure ! maintenant, voyons chaque point :


un privilège qui se transmettait de père en fils pour les bouilleurs ambulants et c'est tout
Comme quoi, il n'y a pas que les particuliers qui croient dur comme fer à la légende de l'hérédité du privilège ! Le problème ici, c'est qu'un fonctionnaire des douanes est supposé connaître la loi, et si ce n'est pas le cas, et on peut lui pardonner, il pourrait quand même être un peu plus prudent, voire se renseigner avant de lancer sa réponse lapidaire. J'ai très souvent connu ce genre de situation et je n'aurais jamais réussi à m'installer si je m'étais arrêté sur ce genre de refus. Tous les douaniers n'ont pas ce fonctionnement à priori négatif avec des simplifications abusives de la réglementation mais on en rencontre encore…
Il faut être très précis dans sa demande, ce qui suppose que l'on sait exactement ce que l'on cherche ; on ne demande pas un conseil aux douanes, on les informe que l'on veut utiliser une disposition précise, ils sauront mieux alors comment gérer correctement la situation.
Si tu souhaites faire de la prestation de service pour les récoltants particuliers (ou même des récoltants professionels), tu dois avoir un statut professionnel (artisan par exemple). C'est tout. L'alambic (ou les alambics) que tu utilisera sera déclaré, l'administration te fournira les papiers nécessaires pour enregistrer tes travaux, déplacer l'alambic, prendre des vacances &c… (et c'est là que tu commences à regretter la cocotte-minute…). Ton lieu de travail s'appellera un "Atelier Public de distillation", c'est le conseil municipal de la commune qui en demandera l'ouverture aux douanes, et tu seras le seul responsable des opérations. Si, comme moi, tu veux exploiter honteusement tes clients en les faisant travailler à la distillation de leur propre cru, tu en as le droit, mais c'est bien toi qui rempliras les papiers et qui garderas la responsabilité des opérations. C'est l'option "Bouilleur Ambulant", même si tu travailles dans un local privé et fixe.


Mais j'aurai aimé distiller moi même et commercialiser mes eaux de vie et liqueurs
il faut trouver un organisme cautionnaire
ça, c'est l'option "Distillateur de profession" qui, effectivement, demande au distillateur un cautionnement bancaire qui garanti aux douanes que les taxes seront payées en cas de disparition du distillateur, ou de banqueroute &c… ça ne sert absolument jamais mais ça fait travailler les banques. Il existe une banque spécialisée là-dedans, c'est l'Étoile, mais je crois que c'est assez cher. Le Crédit Agricole le fait aussi, et en fait fait, pas mal de banques. Personnellement, je dois payer dans les 150 à 200 € par an pour ce cautionnement. Je rappelle que ce cautionnement est exigé quand on a un stock d'alcool en suspension de droit (c'est à dire que les droits d'accises -les taxes sur l'alcools- seront payées lorsque l'alcool sortira de l'entrepôt, ou sera vendu), ce n'est pas obligatoire quand on est bouilleur ambulant, même si l'on a dans son atelier public quelques bonbonnes qui attendent quelques jours que le bouilleur de cru vienne chercher sa goutte (qu'il soit ou non privilégié, c'est à dire qu'il paye ou non des taxes). Ce statut de distillateur de profession demande que tu travailles dans une "distillerie", et non plus un "atelier public", ce qui implique de mettre le local aux normes (installation électrique anti-déflagrante &c…) ; par contre, un régime dit "spécial petites distilleries" qui s'adresse à tout ce qui n'est pas vraiment industriel (je ne me souviens plus des limites précises de taille, production &c…) permet l'utilisation d'alambics artisanaux sans compteurs volumétriques avec une comptabilité simplifiée (?). Le distillateur de profession peut acheter, transformer & distiller, vendre de l'alcool et des liqueurs.
On peut évidemment cumuler les deux statuts. C'est mon cas et si je distille toujours dans mon atelier public (prestation de service), je stocke les alcools dans mon entrepôt situé à quelques kilomètres.


que je n'avais pas le droit de vendre l'alcool à des particuliers
18€ de taxe sur la vente de l'alcool pur
Le bouilleur ambulant ne peux effectivement pas vendre d'alcool (ni aux particuliers, ni aux généraux d'ailleurs…) puisqu'il ne possède pas d'alcool ! Le bouilleur de cru ne le peut pas plus puisqu'il distille dans le cadre d'une production familiale (donc pas commerciale, d'où la réduction de 50 % sur les taxes octroyée par l'état). Ce sera le distillateur de profession qui seul sera autorisé à vendre sa production, en payant les taxes dans leur totalité (dans les 18 € par litre d'alcool pur effectivement, soit environ 8 € le litre d'eau-de-vie à 45° -taxes sur l'alcool + taxe sécurité sociale).
Ces taxes sont très lourdes c'est vrai, mais (mis à part les rhums qui ont un régime spécial) c'est valable pour n'importe quel alcool, même vendu en supermarché.


je suis en train de me demander si les HE ne seraient pas plus faciles à produire ?
En effet, c'est évident que ça fait réfléchir…


J'ai plein d'espoir en la distillation
Moi-même, distiller est l'une des très rares activités qui me rend heureux de me lever chaque matin pour aller travailler (mais en fait, je ne distille pas chaque jour…)
Si tu connais les plantes, tu as un atout important, je pense que les techniques et la sensibilité de ces deux types de distillations (alcools et huiles essentielles) sont vraiment complémentaires. Le distillateur de demain (dans l'hypothèse d'un "demain" dans une société en bonne santé) connaîtra les trois aspects de la distillation : alcools, parfums, et médecines.


pas forcement envie de laisser l'état nous saouler
C'est assez bien dit !

Pour ma part, j'ai commencé comme bouilleur ambulant seulement, puis en arrivant dans l'Hérault, les douanes m'ont imposé un cautionnement (abusivement, ou plutôt, à tort), que j'ai pris (devenir-distillateur.com n'existait pas encore pour me guider !), ce qui m'a encouragé à acheter des matières premières et vendre mes eaux-de-vie (fines, marcs, fruits…).
Mais je regrette vraiment de n'avoir vécu à l'époque de ce brandevinier qui criait brulair de vi ! dans le vieux Montpellier du XIX° siècle, avec pour seule charge son alambic sur le dos, sans soucis, sans sous…

 

Comme tu vois, ce n'est pas inaccessible… il suffit de s'accrocher et de passer un peu de temps avec l'administration au début (très bon pour devenir diplomate), et évidemment d'être passionné…

Si tu veux, on se donne rendez-vous au prochain épisode, quand tu nous décriras tes premières gouttes ?

Bon courage !


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