1° partie : La Tête/1. Les premières gouttes/ b) La distillation dans l’antiquité

b) La distillation dans l’antiquité : les huiles, les parfums, l’alchimie, l’Orient, l’Egypte, la Grèce…

Revenons en Orient où, bien avant que le Coran interdise la consommation des boissons alcoolisées distillées, la distillation des huiles et des parfums est vite devenue un art très raffiné. Les égyptiens sont réputés l’avoir très tôt maîtrisée pour la santé, la beauté ou encore le culte (encens, embaumements). De plus, de nombreux produits industriels dont les secrets de fabrication n’ont pas été retrouvés sont sans doute dus en partie à ces techniques de distillation.
Pour la parfumerie et les cosmétiques (rouge à lèvres par exemple), les égyptiens pratiquaient déjà la technique de l’enfleurage : il s’agissait d’extraire les arômes de fleurs ou de résines par une macération à froid ou à chaud dans une graisse animale en utilisant un “alambic” en vase clos, probablement en verre.

Plus près de nous, il suffit de lire le Cantique des cantiques qui date environ du V° siècle avant notre ère (V, 13 :…distillant une myrrhe limpide… ; VII, 2 : Ton alambic est un vase… &c.) pour imaginer que le parfum et la distillation étaient des éléments aussi importants dans l’Orient antique que peut l’être par exemple la télévision chez nous (époque bénie…).

Au même moment, mais beaucoup plus sérieusement, Aristote décrit la distillation de l’eau de mer à l’usage des marins (qui remplaceront dès que possible cette technique austère par la distillation de la canne à sucre, mais n’anticipons pas).
Ainsi, dans ses Météorologiques (Livre 2, § 3) on lit : “L’expérience nous a appris que l’eau de mer réduite en vapeur devient potable et le produit vaporisé, une fois condensé, ne reproduit pas l’eau de mer... Le vin et tous les liquides, une fois vaporisés, deviennent eau.”.

L’Egypte hellénistique, avec Alexandrie comme capitale culturelle, voit le départ historique de l’alchimie occidentale dans ses aspects de médecine et de métallurgie. Les premiers textes de cette époque nous décrivent les appareils de la vieille science qui fait alors peau neuve : une certaine Marie la juive invente, outre son célèbre bain-marie, le tribikos. Ce sont les juifs qui ont transmis bon nombre des connaissances des égyptiens à la civilisation arabe naissante. De même, ce sont eux qui perpétueront jusqu’à aujourd’hui l’art de la distillation (alcool et essences) dans le monde musulman.
Ce tribikos est un véritable alambic en cuivre (luté avec des joints à la farine) qui a la particularité d’avoir 3 vases récepteurs. C’est aussi à ce moment-là qu’apparaît le terme Al Ambiq (du grec ambix : chapiteau ; bikos : cornue), notre éthernel Alambic.

Un autre instrument majeur mais moins connu également attribué à cette célèbre Marie est la Kérotakis. C’est une sorte d’alambic de la première génération (en vase clos) qui permettait aux alchimistes d’altérer, par exemple, du plomb en le vaporisant avec du soufre : le soufre est chauffé dans le fond de la marmite, les feuilles de plomb sont posées sur une grille placée au-dessus ; la masse noire (la mélanose) produite par cette distillation se dépose sur une coupelle située tout en haut de l’appareil.
Cette kérotakis est peut-être l’ancêtre de l’athanor (fourneau en arabe) de l’alchimiste médiéval.

L’histoire de la technologie des alchimistes de l’antiquité (et du Moyen-âge) est amplement développée par E. J. Holmyard dans son livre L’Alchimie.

Parallèlement à l’évolution de l’alambic, les alchimistes gréco-égyptiens de cette époque ont aussi développé l’art de la fermentation. On connaissait déjà le vin et le vinaigre aromatisé depuis longtemps et Jésus lui-même avait bien sûr reproduit, en sens inverse, l’expérience d’Aristote citée plus haut (et ses secrets de distillation n’ont pas encore été découverts…), mais les expériences de fermentations, suivies de distillations de diverses matières organiques faites à cette époque inspireront notamment, il faut s’en souvenir, l’art du bouilleur de cru.

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