spagyrie

On ne peut plus acheter d'alcool à la pharmacie (comment faire ?)

I. On ne peut plus acheter d'alcool à la pharmacie (comment faire ?)

Tout le monde en France a remarqué que les pharmaciens ne voulaient plus vendre d'alcool à 90° aux clients, et on a aussi remarqué à quel point cette décision était importante et touchait tant de monde, à quel point cet alcool était important finalement !
En fait, les pharmaciens ont un statut d' "utilisateurs" aux douanes qui leur permet d'utiliser de l'alcool dit "de bouche" pour un autre usage que la boisson et ce, sans payer les taxes sur les eaux-de-vie (droits d'accises et sécu). Ce sont donc les douanes qui ont décider, un beau jour et après des décennies de laisser-faire (c'est qu'il s'agissait quand-même d'un petit revenu pour les pharmaciens), de demander l'application de la loi (ce sont les pharmaciens qui ont le statut d'utilisateurs, et non les amateurs-préparateurs de viatiques préventifs tels que le pastis ou les liqueurs.). Et voilà, dura lex sed lex… alors comment faire ?

Plusieurs solutions sont possibles :
1. devenir bouilleur de cru. C'est la plus noble, celle qui demande un peu de travail (entretien d'un verger, récolte des fruits &c…), et un peu de chance (avoir un verger, habiter à côté d'un bouilleur ambulant ou d'un syndicat de distillation (pour les détails, voyez ici). De plus, il faut payer quelques taxes, qui ne sont pas excessives, il faut l'admettre.
Pour les sceptiques ou ceux qui ont un train de retard, sachez qu'aujourd'hui tout le monde peut devenir bouilleur de cru, ce n'est pas une histoire terminée, la condition est de faire distiller sa propre production (ses fruits) pour sa consommation personnelle, disons, non-commerciale. Plus de renseignements ici ou ici.
2. Acheter de "l'alcool pour fruits" au supermarché, c'est la plus vile des solutions, à cause du fait que l'alcool est réduit à un simple produit de consommation et non un élément de la culture nationale (rurale, culinaire &c…), et surtout à cause du fait qu'il s'agit d'alcool franchement mauvais au goût, en général réglé à 40° (ce qui est peu), et d'origine industrielle.
Si vous avez la chance de connaître un distillateur, vous pourrez peut-être lui acheter un alcool de ce type, ce sera sans doute meilleur, vous connaîtrez la provenance. En revanche, ce sera sans doute assez cher (coût de la production + droits d'accises). Mais c'est une solution. Il faut dire que ce genre de distillateur est très rare : les difficultés de ce métier (principalement administratives) font renoncer à mes collègues à offrir ce genre de production qui est plus un service qu'une source de revenues.
3. Vous débrouiller vous-même en vous reportant au chapitre suivant, en prenant connaissance de quelques informations que voici :
Rappel : En France, la possession d'un alambic est strictement réservée aux professionnels. Même un alambic d'un-demi litre destiné à faire des huiles essentielles est concerné par cette restriction. En Suisse, la possession d'un alambic de moins de 3 litres est légale. En Italie et en Espagne, la réglementation est plus souple, dans les autres pays, je ne sais pas en détail. Donc si vous êtes en France, profitez de vos projets distillatoires pour prendre quelques vacances dans un pays quelque peu moins liberticide que le nôtre (il y en a beaucoup aujourd'hui).
En revanche, l'utilisation de matériel de distillation de chimie n'est pas encore interdit (jusqu'à 50 litres !), et pour faire au plus simple, je vous recommande la cornue ou, encore mieux : le système dit à "Tête de Maure" (quel affreux nom…) que l'on trouve ici (http://www.ebay.de/itm/Destillierapparat-mit-Erlenmeyerkolben-2000-ml-/310481032695?clk_rvr_id=1085871860334&rmvSB=true) pour une somme accessible. Alambic à tête-de-Maure, 1 litre, rodage 45/40, erlen de 3 litres, plaque chauffante de cuisine. Dessous : cornue dans un chauffe-ballon.

Le modèle d'1/2 litre est le moins cher, mais il demande beaucoup de temps, le modèle d'un litre avec un rodage de 40/45 est plus efficace. De toutes façons, il vous faudra des heures : c'est un système qui fonctionne comme les 2cv d'autrefois : avec un refroidissement à air.
D'autre systèmes de trains de distillations plus sophistiqués existent mais ils demandent un peu d'investissement et d'installation, aujourd'hui, nous ferons dans le simple et accessible.

Comment faire, pratiquement et légalement, son alcool maison ?

Vous voulez faire un peu d'alcool pour faire votre absinthe maison, faire des liqueurs, des élixirs alchimiques ou des préparations médicinales (certaines, voire la plupart, des liqueurs sont dans les deux catégories)… la méthode suivante vous intéresse. Vous allez découvrir la vraie valeur de l'esprit de vin, à savoir le travail que demande sa préparation (je précise ça pour rassurer les membres de la ligue anti-alcoolique qui seraient horrifiés de mes révélations, mais qui ferment les yeux devant le rayon alcools du supermarché…).
a/ Nous allons utiliser du vin, c'est le plus simple. Si vous voulez faire fermenter vos fruits, reportez-vous aux pages de mon livre disponibles sur ce site, ou consultez le forum, ou "questions fréquentes", enfin, fouillez…
Pour s'éviter des manipulations trop longues, on commence par concentrer le vin en le congelant : le liquide épais qui coule en premier lors de la décongélation est un mélange d'alcool et d'élément organiques, tanniques &c… Le glaçon transparent qui reste dans la bouteille est de l'eau, laquelle qui ne nous intéresse pas et sera jetée. Utilisez une bouteille en plastique remplie aux 3/4 et inclinée dans le congélateur. Cette opération peut être renouvelée 2 fois pour une meilleure concentration.
b/ Votre vin concentré fait maintenant dans les 30°, le volume initial a donc diminué de 3 fois, c'est toujours ça de moins à distiller.
c/ Installez votre tête-de-Maure sur une petite plaque électrique de cuisson, réglée très faible, le ballon, ou erlen (c'est un genre de bouteille conique à fond plat que l'on pose sur la plaque) rempli au 2/3. On dit qu'une éponge (neuve) coincée dans le haut de l'erlen permet une rectification importante et l'on obtient un alcool fort dès la première distillation, c'est un procédé traditionnel utilisé par les anciens alchimistes (j'ai essayé, ce n'est pas miraculeux… Dommage !). Il faut enlever, et jeter, environ 5 à 10 % de l'alcool au début de la distillation : ce sont les "têtes", principalement composées de méthanol (pas très bon…) qui sentent l'alcool à brûler.
d/ Si vous voulez de l'alcool fort, redistillez les quelques passes que vous aurez fait, les têtes sont alors réduites à quelques gouttes. On arrête la distillation quand le degré baisse (soit on a un alcoomètre, soit on goutte, mais cette dernière option demande un peu de pratique, mais pas trop… juste ce qu'il faut !).
Train de distillation simple : chauffe-ballon, ballon, tête de distillation, réfrigérant (à eau). Ce matériel demande une arrivée et une sortie d'eau froide. Ce genre de système se trouve ici.


Pour vous donner une idée du temps qu'il faut pour distiller de cette manière, sachez que le distillat coule réellement goutte-à-goutte… il faut des heures… sinon, le distillat est trop chaud et s'évapore. En revanche, il n'y a pas besoin d'opérer dans une pièce spéciale puisqu'il n'y a pas besoin d'une arrivée d'eau pour le refroidissement, dehors, c'est très bien, surtout en hiver.

Pour obtenir 1 litre d'alcool à environ 70°, avec les pertes, il faut une dizaine de litres de vin, réduit en 3 ou 4 après concentration par congélation, ce qui demande environ 5 distillations (avec un erlen de 1 litre), + 2 repasses, chacune prenant environ 3 ou 4 heures, soit environ 25 à 30 heures de distillation (Oh joie !).

Considérez ce temps passé comme un loisir, ça passera mieux ! en plus, vous pouvez lire et relire L'Alambic ou bien le Code Général des impôts pendant ce temps…

à suivre…

 

Bientôt, la suite de cet article :
1. On ne trouve plus de teintures-mères en pharmacie (comment faire ?)
Tient, c'est marrant, est-ce qu'il y a un rapport avec le chapitre précédent ? En fait, non, pas directement, bien que le sens de ces changements soit le même.
2. Comment préparer ses teintures-mères

Stages de distillation

Stage de distillation alcools

Depuis quelques années, je donne une formation de deux jours sur la distillation des alcools. Cette formation a au départ été conçue pour les membres du syndicat SIMPLES qui sont en général des récoltants et utilisateurs de plantes aromatiques et médicinales (PPAM), voire des distillateurs d'huiles essentielles qui veulent découvrir l'autre face de l'alambic : celle qui fait la goutte.
L'alcool, pour les professionels des PPAM, c'est une matière première nécéssaire à la fabrication des teintures mères, des parfums &c… C'est une matière première indispensable et précieuse et il n'est pas toujours facile d'en trouver de bonne qualité. L'un des but du stage étant d'apprendre les techniques et les possibilités légales pour produire son propre alcool de bonne qualité.

Première journée : autour de l'alambic cours-pratique-conditions-reelles-ariege.jpg
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Les techniques : Le stage se passe autour d'un alambic traditionnel de bouilleur ambulant de 50 ou 100 litres, système simple à repasse. On distille du vin (ou du cidre en Normandie, en septembre 2013 par exemple) pour produire un "esprit-de-vin" qui est un alcool fort (environ 75°) qui convient à l'élaboration de teintures-mères, de liqueurs, ou autres préparations. On aborde les méthodes pour enlever les têtes et les queues &c… le tout d'une manière très simple, avec la technologie la plus simple possible (les principaux instruments de contrôles sont organoleptiques : on touche, on goûte, on sent…). discussions-au-coin-du-feu-jura.jpg
Les possibilités légales : Ce sont en général l'agrément de distillateur (distillateur d'alcool donc), avec ou sans entrepôt ; ou bien l'utilisation ou la création d'un alambic syndical comme il en existe beaucoup dans l'Est de la France : les alambics communaux régis par une association.
La journée se termine avec une dégustation (les stagiaires amènent leurs productions), qui est un toujours moment aussi important qu'agréable…

Seconde journée : Spagyrie et médecines naturelles second-jour-en-salle.jpg
L'alchimie de l'alambic, en pratique et en philosophie…

La matinée commence avec l'histoire de la distillation :
Premiers alcools, premières essences. Médecines, cosmétiques et boissons au cours de l'histoire avec les techniques primitives. La matinée se continue avec une réflexion sur la relation entre la santé, le bien-être, et la spiritualité (dit autrement : "du spiritueux au spirituel" - ou vice-versa) qui est une question que se sont posé les inventeurs des grandes boissons telles que les élixirs des Chartreux, ou l'Absinthe… et qui intéressera ceux qui sont à la frontière du bien-être et de la santé. Un Kethar marocain distille son eau de lavande pendant la matinée.

L'après-midi est consacrée à un exposé pratique sur la spagyrie.
La spagyrie est une médecine alchimique qui a hérité de sa philosophie alors qu'elle laisse un peu de sa spiritualité au profit de la santé. J'ai l'habitude de parler de l'alchimie à la manière de "La Nature Dévoilée" qui est un livre très profond tout en restant toujours très clair et très imagé (et qui n'emploie pas de jargon ou ne parle jamais de façon codée), c'est-à-dire de manière simple et pratique. On voit en détail la fabrication d'un élixir spagyrique, ainsi que plusieurs autres travaux tradtionnels simples et très utiles. Toutes les étapes seront réalisées en pratique pendant l'après-midi (ce qui demande un peu d'attention parce qu'une demi journée pour réaliser ce programme, c'est court !). On utilise des systèmes de distillation simples tels que la cornue ou la tête-de-Maure, des systèmes de distillation solaire &c…
Je termine en général avec des éléments de technique homéopathique qui permettent une utilisation des produits spagyriques.

Le cours complet est donné sous forme photocopiée aux stagiaires en début de stage.

Certaines sessions sont plus axées sur la distillation des eaux-de-vie alors que d'autres développent plus le programme spagyrie. Ce programme est modulable selon la demande. Je vous parlerai plus tard d'autres programmes de stages que je donne également autour de la distillation, en milieu scolaire notamment.

Vous trouverez le programme partiel des stages sur l'agenda de ce site, si vous ne trouvez pas votre bonheur, vous pouvez m'écrire ici.

Si vous avez suivi l'un de ces stages, merci de laisser un commentaire !



Merci à Boris Perrin (Les Mutins de Pangée) qui a filmé plusieurs stages dont vous retrouverez l'essentiel dans le DVD qui accompagnera la réédition prochaine de "L'ALAMBIC". Les photos ci-dessus sont extraites de ces images.

Comme d'habitude, passez la souris sur les images pour avoir les légendes.

La Chaine d'Or d'Homère

La Chaine d'Or d'Homère, ou La Nature dévoilée

La Nature dévoilée est le premier livre d'alchimie que j'ai lu. couverture-de-la-chaine-d-or-d-homere.jpg

C'était une photocopie de l'édition de 1772, la seule qui existait en français à l'époque.
Je ne connaissais rien à l'alchimie, ça tombait bien : ce livre n'employait pas ce terme, ni aucun termes techniques et abstraits comme "sel", "soufre", ou "mercure" (1). Ça parlait d'eau chaotique qui se condense comme "les nuées se résolvent en pluie ou en neige"  avec des commentaires comme "le paysan n'ignore pas cet effet…". Un précurseur dans le genre "L'alchimie pour les nuls"…

Encouragé par ce manuel très agréable, j'ai fait à l'époque les travaux sur l'eau de pluie (c'était avant Tchernobyl), et avec le sel de mer (c'était avant Fukushima), j'ai distillé mes esprits de vin et d'autres produits moins agréables à l'odeur, je me suis fait ma théorie de la Nature (c'est le sous-titre de l'ouvrage en français), c'était une période très instructive et très agréable.

Et puis j'ai commencé à lire des ouvrages d'alchimie, et je suis rapidement devenu perplexe par le langage hermétique employé (à dessein ou pour cacher leur ignorance) par les auteurs classiques…

J'ai alors décidé de devenir distillateur (bouilleur ambulant)…

Là au moins, je faisais du concret.

Et puis, la compagnie de l'alambic aidant, je suis revenu à l'alchimie, en retrouvant le livre de chevet de mes débuts (Dervy l'avait réédité en français moderne).

Aujourd'hui, ma pratique se situe entre le concret (l'eau-de-vie) et le subtil (huiles essentielles, médecines naturelles). Mes principes ne s'appellent pas "soufre", "mercure", et "sel" mais "santé", "bien-être", et "spiritualité" : c'est à La Nature Dévoilée que je dois d'avoir pu me les approprier.

Ce texte fait partie de la tradition alchimique allemande qui développera la médecine alchimique de Paracelse, la Spagyrie. La tradition dite Rosicrucienne. L'aspect pratique axé sur la santé est le fondement de sa pédagogie. La spiritualité inhérente à toute pratique alchimique est sous-entendue et se révèle d'elle-même sous la forme qui correspond au lecteur, sans s'imposer a priori comme un credo préliminaire.
Ce livre est à mon avis la meilleure introduction à l'alchimie, c'est le plus pédagogique et le plus pratique. C'est lui encore, qui donne en clair nombre de procédés et de principes profonds que les classiques ne révèlent qu'à demi mots (et oui, même en alchimie pure, on revient souvent à La Nature Dévoilée).
À l'origine, le livre est écrit en deux parties "où il est traité de la génération de toutes choses naturelles" et "où il est traité de la destruction de toutes choses naturelles". Une troisième partie a été rajoutée qui est écrite dans un style plus classique ou il est question du "sel philosophal ou de la pierre des sages…". L'ensemble est connu sous le nom de La Chaine d'Or d'Homère.

La Chaine d'Or d'Homère, complète de ses trois parties, vient d'être éditée pour la première fois en français par notre ami Fred MacParthy éditeur soigneux (Sesheta Publications) et animateur du Collegium Rosae Crucis (qui enseigne l'alchimie dans la tradition de La Chaine d'Or d'Homère).

C'est une superbe édition cartonnée, la traduction est nouvelle et basée sur les éditions allemandes, augmentée d'une préface par Fred et de commentaires anciens, illustrée &c…
Un seul regret : l'édition est limitée a 200 exemplaires (mais je suis sûr qu'une réédition sera de mise bientôt !)…

534 pages 14X22 cm., 45 € (bien mérités)

www.sesheta-publications.com/

(1) Ces termes techniques apparaissent vers la fin de ce livre plein de pédagogie.