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B-A BA de la distillation à repasse

 

Qu'est-ce que la distillation "à repasse" ? Résumé à l'intention des débutants.

La saison de distillation hivernale est largement commencée dans nos campagnes (les distillateurs des villes, eux, n'ont pas de saison, mais c'est une autre question…), les ateliers publics et les syndicats communaux de distillation sont en pleine activité, c'est le moment d'expliquer un peu de technique aux nouveaux venus…

Lors de démonstrations de distillation d'eau-de-vie, Je rencontre souvent des amateurs qui me posent des questions à propos de détails sur la distillation (quand enlève t-on les têtes ?, à quelle température - ou quel degré d'alcool - doit t-on arrêter la chauffe ? &c…). Je pense qu'il n'est pas inutile de proposer ce petit résumé des principes de ce type de distillation.

0. D'abord, qu'est-ce que la distillation "à repasse" ?
Il s'agit (que ceux qui ont lu mon livre me pardonnent les redites) de l'un des systèmes les plus simples pour distiller qui demande de renouveler l'opération 2 fois pour avoir une eau-de-vie "fine" (on espère…). C'est la distillation charentaise pratiquée à Cognac, et un peu partout dans le monde. Il peut s'agir d'alambic à feu nu (le feu chauffe directement au cul de la marmite), ou d'un bain-marie (une double paroi fermée contenant de l'eau - sous forme de vapeur - protège les fruits pour qu'ils n'y collent pas), ou même d'alambic à vapeur (de la vapeur est injectée dans la marmite pour chauffer la matière à distiller).
Par ailleurs, certains bouilleurs ambulants considèrent que la colonne de rectification de leur système sophistiqué est une "repasse" puisque l'alcool repasse dedans. Il s'agit de terminologies personnelles et je leur laisse le terme, mais il ne s'applique pas à notre affaire aujourd'hui (voir § suivant).
Si vous utilisez un alambic plus perfectionné équipé d'un rectificateur (colonne de rectification, lentille Deroy &c…), les instructions qui suivent vous concernent : il vous faut simplement zapper la première opération pour passer directement à la seconde chauffe : à la repasse proprement dite.
Si vous utilisez un alambic à jet continu (courant pour l'Armagnac, certains Calvas &…), la méthode que je décris ne vous servira pas vraiment (mais vous pouvez rester avec nous).
Vous avez repéré votre système d'alambic ?
Ça devrait plus ou moins ressembler à ça (attention : sur la photo, il y en à 2) :
Deux alambics charentais
Ou même à ça (ça à l'air compliqué, mais cet alambic à bain-marie avec utilisation possible de la vapeur et son vase d'expansion suivi d'un second vase de reflux est un simple alambic à repasse, de 100 litres) :
rimg0021.jpg
Ps. Vous aurez compris qu'il s'agit de distillation d'alcool, et non d'huiles essentielles. La distillation des HE connaît aussi un procédé de repasse qui s'apparente plus à la cohobation des alchimistes, mais il ne s'agit pas du tout de cela dans cet article (voir "l'Alambic", p.228 et suiv.)

1. Donc, commençons la cuite (ne riez pas, cuite est un terme technique du jargon des bouilleurs de cru et désigne la cuisson) :
Vos fruits sont prêts à être distillés (c'est-à-dire qu'ils ont fermenté, le sucre a été transformé en alcool), ils sont déjà dans la marmite en cuivre, le feu peut être allumé…
Nous allons distiller 2 fois : la première fois, il s'agit d'extraire tout l'alcool, avec de l'eau que l'on enlèvera ensuite.
Ce n'est pas maintenant qu'il faut penser aux têtes et aux queues : on garde tout ce qui vient depuis le début de la coulée jusqu'à ce que l'alcoomètre indique environ 15 % (ou bien, si vous n'avez pas d'alcoomètre, vous pouvez arrêter quand un fond de verre du distillat versé sur le chapiteau - donc chaud - ne s'enflamme plus devant la flamme du briquet).
Votre premier distillat, la petite eau titre entre 25 et 50 % selon la matière première, l'appareil, et votre technique. Il peut être trouble, d'où son autre nom de brouilli (dans l'Est, on l'appelle encore les imparfaits), mais quand il est clair, et fort, c'est mieux.La première passe est terminée : vous pouvez nettoyer votre marmite et la remplir à nouveau avec votre petite eau pour repasser.

Vous vous posez peut-être la question suivante : est-il vraiment nécessaire de repasser un distillat de première chauffe qui titre 50° (et dont on a pu enlever les têtes et les queues) ? Je répondrais que oui, il est utile de faire une repasse, simplement parce qu'il n'est pas possible d'enlever les têtes et les queues correctement à la première passe. Le degré alcoolique élevé n'est pas un gage suffisant pour faire une bonne eau-de-vie, vous pouvez donc passer au chapitre suivant.

2. C'est maintenant que l'on va pouvoir affiner notre eau-de-vie. Cette seconde distillation va nous permettre d'éliminer les mauvais alcools en têtes et en queues, et un excès d'eau pour ne garder que le cœur, pur et fort (dit comme ça, on va se prendre pour des héros !) que l'on rendra buvable par le réglage (c'est-à-dire que l'on va y rajouter de l'eau pour baisser le degré).
La chauffe est conduite prudemment, les premières gouttes apparaissent : ce sont les têtes. Ces têtes se reconnaissent à leur odeur fade et puante d'alcool à brûler (ce qui est d'ailleurs leur destination, j'en reparlerai ici plus tard). Elles peuvent représenter 10 % de l'alcool total selon les matières premières et la qualité de la fermentation. Il faut les séparer, sans regrets. On appelle ça gentiment couper les têtes. Le principal alcool de tête est le célèbre méthanol qui n'est pas très bon pour le cerveau et le nerf optique…
Le cœur qui suit se reconnaît à son odeur fruitée (selon votre moût de départ - c'est-à-dire vos fruits), on le garde évidemment, peut-être avec la fin des têtes, celles qui restent encore après l'apparition du cœur, c'est au jugé de chacun. Ce cœur contient entre 70 et 80 % de l'alcool total - plus ou moins selon les cas - et titre dans les 70 à 80 % d'alcool, principalement éthylique (l'éthanol).
On reconnaît la fin du cœur et l'arrivée des queues au goût amer et gras du distillat de queue. Là encore, il y a une petite période frontière entre ces deux dernières parties, il convient à chacun de choisir le moment pour la coupe et arrêter la distillation (il n'est pas très utile de distiller les queues).
Je ne recommande pas l'utilisation de l'alcoomètre pour faire les coupes : le degré diffère vraiment selon les fruits, les appareils, et la puissance de la chauffe (par exemple, en chauffant très doucement, on peut passer toutes les queues à plus de 75 %…). La pratique et les sens guideront.

Certains distillateurs incorporent les têtes et les queues dans le moût suivant, ce qui permet d'avoir moins de pertes de cœur (éthanol), mais augmente la proportion de têtes et de queues (le méthanol ne se transmutera pas en éthanol…). Je pratique parfois cette technique.

Vous avez réalisé votre cuisson, et sa repasse, il ne vous reste plus qu'à préparer l'élevage (pour les eaux-de-vie ambrées, boisées), ou le réglage à l'eau (pour les eaux-de-vie blanches), nous en parlerons plus tard.

Pour finir, un extrait de mon livre :
La-Distillation-Illustree-1.jpgLa-Distillation-Illustree-2.jpg

Enfin, un lien vers l'excellentissime distillerie Metté de Ribeauvillé qui distille de cette façon et qui l'explique sans mystères : www.distillerie-mette.com/

Une journée de distillation

 

Une journée à l'atelier de distillation

Notre petit atelier de distillation du faugérois (région de l'appellation "Faugères", située entre Béziers et Bédarieux, dans l'Hérault) est spécialisé dans la distillation des vins : vins de Faugères pour la "Fine Faugères", de Montpeyroux pour la "Fine de Montpeyroux", ou encore la "Fine de Muscat de Frontignan" et autres Eaux-de-vie de vins du Languedoc
Mais toute l'année, je distille toutes sortes de moûts : des fruits, de la bière, des roses &c…

La semaine dernière, nous avons eus (moi-même accompagné des bouilleurs de cru et d'alcoollègues en herbes) une journée intéressante : nous avons cuit des figues, du vin de miel, et saccharifiés des châtaignes.

Les figues :
le bouillleur de cru charge ses figuesLa fermentation en milieu trop peu hermétique (le couvercle des bidons n'était pas complètement fermé) a produit un moût plus ou moins piqué. De plus, l'une des cuites a attaché au fond de la marmite de l'alambic à feu nu (le très faible degré m'a engagé à pousser un peu trop le feu, fatale erreur qui coûte plusieurs heures de nettoyage). Les prochains bidons seront distillés au bain-marie.



    Le miel fermenté (il s'agissait de lies d'hydromel) distillation de miel fermenté au bain-marieest extrêmement aromatique, comme il colle facilement, je l'ai distillé au bain-marie : la première passe (je distille tout en deux passes) est déjà très prometteuse.

 

La châtaigne contient beaucoup de sucre potentiel sous forme d'amidon : il faut donc la préparer selon l'art du brasseur (comme les vodka et autres whiskies). La première étape est donc la saccharification. Il s'agit de faire cuire le fruit avec des enzymes en faisant des paliers à des températures précises, spécifiques à chaque matière première. La pâte sucré qui en résulte est alors mise en fermentation avec des levures.
…Vous aurez la suite au prochain numéro, à la fin de la fermentation !Les fruits épluchés sont prêts à être empatés

Nouvelles…

Chers lecteurs,

Notre époque veut que tout s'accélère… Ce site est-il hors du temps qu'il se voit très nettement ralentir son rythme ? Les nouveaux articles attendent leur publication, les contacts ("pour me contacter") et les commandes de livres peuvent rester quelques temps sans réponses…

Alors, je dois vous dire que d'abord, je viens d'être papa d'une petite Rose qui n'a pas finit de perturber mon organisation…

Ensuite, j'ai déménagé : l'adresse de Montpeyroux n'est plus bonne (et la poste n'a pas fait suivre tout le courrier…) : vous pouvez maintenant m'écrire à Gouttelettes de Rosée, Cailho le bas, 34390 Saint Étienne d'Albagnan.

Enfin, pour se mettre à la page, le fournisseur de ce site, e-monsite, a cru faire bien en modernisant ses services avec une nouvelle version… et comme le veut l'époque, il n'y a plus grand chose qui marche… Par exemple il est pour l'instant inutile de me contacter par le bouton prévu pour cela ("pour me contacter") : il vaut mieux m'écrire directement à alcoollege-livre@yahoo.fr, idem pour l'agenda qui ne marche plus, pour le consulter, il faut aller ici ("voir les événements archivés"). Le mieux est l'ennemi du bien…

Mais enfin, merci à tous ceux qui m'encouragent à continuer ce site en m'écrivant, en commentant, en contribuant par des infos ou des articles…

Merci de patienter encore un peu, il y aura du neuf bientôt…

Matthieu

PS. la saison de distillation des eaux-de-vie de vin commence dès début novembre dans mon atelier.

Le site des Bouilleurs Ambulants est en ligne !

Le Syndicat National des Bouilleurs Ambulants et Presseurs à Façon vient de réussir la mise en ligne de son site internet !

Vous y trouverez les adresses des bouilleurs ambulants (syndiqués) de votre région, ainsi que des infos et articles divers… Ce site est encore en travaux, mais enfin c'est déjà quelque chose !

La Voix des Bouilleurs Ambulants (Aout 2011)

 

"La Voix du Bouilleur", organe des Membres du Syndicat National des Bouilleurs Ambulants (désolé pour le non-sens de l'image… cruel monde de l'informatique…)

PS. Bouilleurs Ambulants, syndiqués ou non, vous vous êtes fait plutôt discrêts sur mon répertoire des distillateurs… il est encore temps de s'inscrire !

Café Flambé

 

le café se flambe comme l'absinthe

 

Carlos et Leslie, torrefacteurs & cafetiers ambulants, à Ganges (fête de Ganges 1900, le 5 septembre 2011) flambent le café pendant que je fais une démonstration de fabrication de pousse-café distillation à l'ancienne à côté de leur stand.

Apparemment, le café se flambe comme l'absinthe : on verse l'alcool sur un sucre posé sur une cuillère au dessus du café, on flambe, et on éteint avant qu'il ne soit trop tard…

Souvenirs d'un bouilleur ambulant de l'Hérault

Un bouilleur ambulant de la vallée de l'Orb & du Jaur

Henri Marsal est le dernier bouilleur ambulant à avoir offert ses services aux bouilleurs de cru de l'Hérault avant que je ne reprenne le flambeau quelques années plus tard. Il a totalement cessé son activité en 1994, il avait 74 ans.
Je ne connais pas la date du début de son activité, mais je crois qu'il avait repris l'atelier de son père, probablement un peu avant ou un peu après la seconde guerre mondiale.

Au départ, Henri Marsal distillait les marc des prestations viniques avec un alambic à vapeur à 3 vases installé en poste fixe au Poujols/Orb et faisait les tournées avec un petit alambic à jet continu pour distiller le vin des bouilleurs de cru.
Après l'explosion spectaculaire de l'alambic à vapeur en 1957, Henri Marsal s'est cantonné aux tournées ambulantes de la région. Il occupait les ateliers publics de Faugères et de Caussiniojouls ou j'ai distillé moi-même bien des années plus tard, ainsi que celui de Saint Étienne d'Albagnan où j'ai en projet l'ouverture d'un atelier traditionnel. Ses collègues Camberoque d'Hérépian, Pinroux de villeneuve les Béziers, Dupin de Bédarieux, et Lamarque de La Tour/Orb lui ont tour à tour cédé leurs tournées en prenant leurs retraites, ce qui nous rappelle que les alambics étaient à l'époque aussi communs qu'aujourd'hui les cafés, les pharmacies dans les villages…

Voici l'alambic destiné au vin des bouilleurs de cru des hauts cantons de l'Hérault. Alambic ambulant à jet continu

Le vin était pompé avec la pompe manuelle placé sur le chassis de l'installation (visible à gauche de la bétonnière) dans le cylindre de cuivre située en haut de l'appareil pour couler dans la colonne de gauche. Sous celle-ci se trouve le foyer alimenté ici au bois ou au charbon : les plateaux de la colonne sont le lieu d'échange du vin (qui descend)  et de l'alcool (qui monte) ; les déchets (eau, tanins…) sont évacués en bas de celle-ci. Les vapeurs sont conduites dans le concentrateur situé à droite de l'appareil (en passant à travers le cylindre de vin, le pré-chauffant à la même occasion), pour être recueillies condensées, au degré désiré (en général plus de 80°). L'alcool ainsi concentré est refroidi par l'eau qui coule depuis la citerne noire située tout en haut de l'appareil.
Ce type d'alambic, qui est finalement un genre de colonne midi encore courante dans l'industrie, est habituel pour la distillation de l'Armagnac et souvent du Calva. Il a la particularité de permettre un réglage précis du degré alcoolique du distillat, ce que ne permettent pas les alambics à fonctionnement discontinus (comme les charentais), en revanche, il ne distille que des matières liquides.

Cette colonne située au-dessus du foyer est composée de plusieurs anneaux de cuivres.colonne de rectification Au début de la saison, Henri Marsal allait acheter un sac de farine pour en faire les joints : le sac en toile de jute était découpé en bandelettes pour former les joints et la farine servait de ciment pour luter hermétiquement l'ensemble. 
Merci à Richard Marsal, son fils, pour le témoignage.  Matthieu et Richard Marsal

Post-Sriptum (mis à jour le 27/7/11) :

Claude Caumette, le fils du dernier bouilleur ambulant de la dommune de Faugères me signale que cet alambic est d'un modèle identique à celui utilisé par son père de 1941 à 1957, date de la cessation de son activité, et date de l'explosion du premier alambic d'Henri Marsal justement. L'alambic de Caumette appartenait alors à Techené, bouilleur ambulant du faugérois (Faugères, Causiniojouls, Gabian…) jusqu'en 1941, il a été détruit par les indirects en 1957. Ce type d'alambic semble avoir été courant dans la région (un autre appareil, non en service, est exposé durant la foire des vieux métiers de Murat -Tarn- au mois d'aout chaque année), mais je ne connais pas le nom du fabricant.

J'ai goûté chez Claude l'alcool produit par cet appareil dans les années 50' : c'était un 3/6 assez fort (environ 90°), très fin.

C'est également Claude qui a fourni les informations sur la distillerie Noël Salles dans cet article.

La distillation en camping…

Imaginez vous en camping, il fait beau, la glacière est pleine, l'ouvre boite (ou le tire bouchon) est là, tout va bien…

Sauf… mauvaise surprise ! le shnapps est resté en carafe, ou la bouteille s'est renversée dans la cariole…

Pas de problèmes, ne vous inquiétez pas : voici un procédé de secours très efficace pour sauver la fin de la soirée (à condition de s'y prendre pendant que le soleil chauffe) :

 

Distillation solaire de vin…

 

Ce système de distillation sauvage est à l'image du premier alambic de Tepe Gaura, le plus vieux système de distillation connu et qui a plus de 5000 ans. C'est un système qui fonctionne en circuit fermé : le liquide à distiller (ici, du Faugères, domaine Léon Barral) est placé au fond d'un saladier en verre. Au centre, on pose un plus petit saladier pour recevoir le précieux distillat. Un film plastic alimentaire sert de couvercle, un petit caillou est placé dessus, au centre pour lui donner une forme d'entonnoir pour faire retomber les gouttes distillées dans leur récipient. Nous avons placé l'ensemble sur une plaque de fonte (ici, un couvercle de cocotte) pour augmenter la température.

L'alcool va se volatiliser doucement (il ne faut pas être pressé !), et se condenser sur le film (rafraichissement à air) pour retomber dans le petit récipient.

 

et voila le travail !

 

                             Voici le résultat, c'est tout à fait concluant sans pour autant mettre en péril les lobbies de l'alcool…

Les jours de nuages, il ne vous reste plus qu'à utiliser le barbecue…

Distillation sur le barbecue

En fait, l'idée de départ est la distillation solaire qui est utilisée en alchimie. Avec ce système, je distille de l'esprit de vin (d'un degré sommes toutes assez modeste…), l'eau salée des déliquescences (eau des anges), &c…

D'après une idée de Thierry/Chrysopée

Mais Thierry avait-il lu ce Pif Gadget n° 583 d e mai 1980 ? :

Couverture Pif Gadget 583, mai 1980 l'Alambic solaire de Pif gadget, p.1 l'Alambic solaire de Pif gadget, p.2 l'Alambic solaire de Pif gadget, p.3

l'éducation de la jeunesse, c'était quelque chose…

Répertoire des bouilleurs ambulants et des distillateurs

Distillateurs d'eau-de-vie et d'huiles essentielles, si vous souhaitez être répertoriés sur ce site, envoyez vos coordonnées : je créé un repertoire des distillateurs à disposition des bouilleurs de cru &c…

Voici le premier : Luc Boechat, bouilleur ambulant dans le Gard  :

Luc Boechat, bouilleur ambulant

pour consulter ce répertoire : c'est ici

pour s'inscrire : c'est là (contact).

 

De Vini - Arnaud de Villeneuve

J’AFFIRME qu’il est utile pour la santé de faire l’éloge du vin.
Non, ce n'est pas de Pasteur, c'est Arnaud de Villeneuve (env. 1238-1311) qui commence ainsi son livre des vins.

Arnaud de Villeneuve est l'une des figures emblématiques de la médecine et de l'alchimie en Languedoc et en Catalogne, on lui doit des travaux sur l'eau ardente ou eau-de-vie. C'est l'un des pères de la médecine alchimique.
De vini donne 50 recettes thérapeutiques à base de vin. Certaines donnent des procédés qui nous sont encore utiles, d'autres ne sont plus guère que des curiosités…
Ce livre est un témoignage important sur les formulaires de cette époque.

Traduit du latin, présenté et annoté par Patrick Giffreu, éditions de la Merci (Perpignan). 168 pages, 20 €.

Élixir floral de Rose

La pharmacopée familiale, les remèdes du Docteur Bach

Si la distillation familiale des eaux-de-vie a longtemps été regardée comme un vecteur de l'alcoolisme, et donc ennemie de l'hygiène et la santé publique, il faut aussi reconnaître que son histoire est indissolublement liée à la pharmacopée familiale. Plus encore, depuis toujours le distillateur est le compagnon du préparateur en pharmacie (voyez par exemple l'Officine de pharmacie pratique de Dorvault).
En parallèle à mon activité de distillateur professionnel, j'ai étudié un certain de nombre de pratiques familiales de santé. Ces médecines d'amateurs demandent tôt ou tard l'utilisation de distillats : alcools, huiles essentielles ou hydrolats. La législation de nombreux pays ne rend pas toujours facile l'utilisation légale d'un alambic, mais il y a des possibilités que je m'efforce de proposer (je suis un partisan de la distillation et des pratiques de santés légales, dans le but (illusoire) de faire évoluer la législation).
Parmi ces pratiques personnelles de santé on trouve, au premier rang, les élixirs floraux du Dr. Bach dont la paraphrase célèbre "Guéris toi toi-même" est emblématique de son système.

Je ne vais pas décrire en détail le système de cette médecine naturelle qui se trouve déjà dans mon livre "L'ALAMBIC, l'Art de la Distillation", je me limiterai à décrire la fabrication pas-à-pas de mon élixir préféré : l'élixir floral de Rose. désolé pour le sens de l'image…

Voici le programme * :

1. Au cours de l'hiver, distillez quelques litres d'alcool à l'atelier public de votre village que vous destinerez à une macération de pétales de roses (je recommande un alcool de vin à un degré assez fort). Si votre malheureux village est dépourvu de ce service public, vous pouvez toujours vous adresser au bouilleur ambulant de la région (pour les adresses : un peu de patience, le syndicat des Bouilleurs Ambulants va bientôt mettre son site en ligne). Si votre région est sinistrée par l'absence de ce genre d'activité, il vous reste la possibilité de créer, avec vos amis et voisins, un atelier syndical qui vous permettra de disposer légalement de cet appareil incontournable pour une vie saine et heureuse. Gilbert, ou Guy, sauront vous guider dans ces démarches qui sont, je le reconnais, un peu plus complexes qu'elles en ont l'air dans cet exposé enthousiaste.

2. Début mai (c'est-à-dire maintenant), lorsque vos rosiers sont en fleurs, vous pouvez mettre des pétales en macération dans votre alcool, 48 heures sont suffisantes. filtrez. Vous pouvez redistiller, ou laisser ainsi votre teinture de rose.

3. Pendant la macération alcoolique, distillez de l'eau de rose avec un petit appareil comme celui-ci distillateur personnel d'hydrolats (ce système de distillation n'étant pas assez performant pour distiller de l'alcool, n'est pas soumis à la réglementation sur les alambics : vous pouvez le posséder en toute légalité). Si vous n'avez pas cet appareil (que l'on trouve à la médina de Fez, au Maroc), vous pouvez faire bouillir (à feu très doux) vos pétales dans une casserole fermée, dans ce cas, filtrez, votre décoction fera office d'hydrolat (eau de rose). l'eau servant cette opération proviendra de la source la plus proche. Distillation familiale d'eau de rose

4. Un beau jour, de plein soleil, préparez votre élixir floral.
 

L'extraction :

Il y a plusieurs façons de faire cette extraction.
Si vous avez préparé une eau de rose (voir 3.), vous pouvez l'utiliser, si vous n'en n'avez pas eu le loisir, vous pouvez sauter cette étape et utiliser de l'eau de la source voisine (c'est comme ça que faisait Bach). le panneau "eau non potable" indique l'absence de chlore…

Les trois façons d'extraire l'élixir de la fleur :
a. La manière traditionnelle : déposer les pétales à la surface de l'eau, exposer en plein soleil, sans nuages, au moins 4 heures. le récipient doit être en verre pour laisser passer la lumière.

les fleurs baignent dans l'eau et dans la lumière (nb. le cuiseur ne chauffe pas) extraction traditionnelle des élixirs floraux

b. Pour pouvoir faire des élixirs floraux avec des fleurs protégées, on a développé une technique qui consiste à plonger la fleur dans le bassin, pour la libérer à la fin de l'opération. D'après la petite expérience que j'ai de cette technique, je trouve que l'on concentre mieux les énergies subtiles de la fleur. J'ai l'habitude de poser le petit saladier sur un miroir.

la fleur, attachée, reste vivante pendant l'extraction


c. Il est parfois simplement bon de déposer la fleur coupée, mais entière, à la surface de l'eau (essayez la technique b. avec la violette pour voir…).

fleurs coupées, entières, pendant l'extraction



La durée d'exposition est au minimum de 4 h., mais il n'y a pas de limites, et on peut aussi exposer plusieurs séries de fleurs dans le même liquide, qui sera plus concentré.

La fixation de l'élixir :
Pour protéger votre élixir des altérations (fermentation, moisissures…), on ajoute un alcool pour le fixer. Bach utilisait du Brandy (eau-de-vie de vin vieillie en fût de chêne, comme le cognac par exemple) pour des raisons de goût personnel parce que la vigne et le chêne sont des plantes traditionnelles de cette médecine.
Si vous avez pu faire une macération de rose (voir 1.) : utilisez-là, sinon, prenez votre schnapps maison, si vous avez déjà tout bu n'en n'avez pas, mettez un cognac, un armagnac, ou une fine que je vous vendrai lors d'une visite à mon atelier.
Le degré final doit titrer aux alentours de 20 % d'alcool.

Votre élixir est prêt !

Bach, qui était médecin homéopathe, avait l'habitude d'en faire une dilution au 10°. Il s'agit de diluer 1 part d'élixir dans 10 parts d'alcool (celui qui vous a servi pour fixer l'élixir), le degré final doit rester approximativement au même degré.
Je ne pratique pas cette dilution, et j'ai l'habitude de faire des élixirs un peu plus alcoolisés, ce qui les rapprochent des eaux-de-vie et des liqueurs (question de goût)
Il se consomme à volonté, vous trouverez vous-même le sens qu'il a (c'est-à-dire l'effet qu'il produit), il n'y a pas d'effets indésirables (du moment que la fleur utilisée n'est pas toxique). La posologie habituelle est de quelques gouttes dans un verre d'eau, mais je ne crains pas d'en prendre une demi cuiller à café si une envie irrésistible se fait sentir…

Essayez, c'est très facile, et cette petite expérience très agréable sera peut-être le début d'une nouvelle aventure entre la nature et vous !

 

Marie-Laurence Million dans sa roseraie ("Roses et Délices")

 

Marie-Laurence (photo) et Bernard Million, producteurs et transformateurs de roses dans l'Aude ("Roses et Délices"). Nous fabriquons ensemble eau et alcool de rose, élixirs floraux &c…


Pour en savoir plus sur les élixirs floraux : vous pouvez vous reporter au petit livre de Bach : "La guérison par les fleurs".

 

Hélianthème, "Rock rose", méthode classique

Hélianthème des apennins "Rock rose", méthode "réflechie" ;-)

 

 

 

 

 

 

Hélianthème des apennins. À gauche : exposition solaire classique, à droite, le récipient est posé sur un miroir. Le "Rock rose" du Dr. Bach est l'Helianthenum Nummularium, il n'y en a pas dans ma région alors j'essaye de faire avec ce que j'ai (Bach préconisait la simplicité).

Elixir de fleurs de cerisier

                                                               Extraction de l'élixir de fleurs de cerisier

 

 
* programme complet, peut-être un peu complexe ; mais pour les débutants et les non-distillateurs, il est tout à fait possible de simplifier en passant directement au § 3. en utilisant un cognac et de l'eau de source, comme faisait Edward Bach lui-même.

 

NB : passez la souris sur les images pour lire les légendes.